Wedges Callaway Jaws Full Toe 2021

Full Toe ? Pour un francophone, cette appellation n’est pas particulièrement intuitive. Le fabricant essaie pourtant de suggérer que ce club apporte un bénéfice supplémentaire par rapport à un wedge conventionnel. A près de 200 euros l’unité, quand le prix de marché d’un wedge en France tourne plutôt autour de 140/150 euros, ce wedge justifie-t-il vraiment son surcoût ? A quoi ça sert un wedge Full Toe pour un amateur ?

C'est quoi un wedge Full Toe ?

A l’origine, Callaway avait mis sur le marché sa version Jaws en 2019, pour donner aux golfeurs plus de contrôle sur tous les coups possibles avec ce type de clubs, soit des chips aux pitchs, du FlopShot jusqu’au coup de bunker, et même les pleins coups depuis le fairway.

La définition d’un club extrêmement polyvalent, alors que c’est justement la fonction d’origine d’un sandwedge. L’idée, c’est donc de proposer un club plus polyvalent que polyvalent.

De manière un peu triste, les distributeurs qui proposaient ce produit sur internet avaient fébrilement traduit : « La pointe améliorée du wedge offre plus de confiance pour réaliser n'importe quelle frappe, combinée aux rainures intégrales pour des performances maximales autour des greens. »

C’est la limite de la traduction mot à mot…car en fait en Français, cela ne veut rien dire d’intelligible.

Une pointe améliorée ? Quezako ?

La pointe n’a pas été améliorée. Elle a été allongée, et même en quelque sorte « taillée en pointe » quand la plupart des « pointes » de wedges classiques sont le plus souvent arrondies.

Callaway s’est sans doute inspiré d’un précédent produit aux ventes très marginales, le PM Grind, spécialement dessiné pour Phil Mickelson, et pour lequel la pointe est même surdimensionnée.

L’américain voulait un wedge qu’il pourrait poser au sol à plat complètement avant de tenter un FlopShot.

Pour ce coup particulier, plutôt joué avec un 60 degrés ou plus, en couchant complètement la face à l’horizontale, la pointe non pas améliorée, mais allongée, lui permettrait de garder la balle en contact plus longtemps sur la face, pour un coup, où quand il coupe la balle par-dessous, le temps de friction est potentiellement et théoriquement augmenté…

Temps de friction augmenté, pourquoi ?

Pour donner plus de spin à la balle, en même temps d’une hauteur de balle importante sur un flop shot, et finalement, quand la balle retombe, elle ne peut que s’immobiliser.

Le verbe est lâché : Un tel club a pour but « d’immobiliser » la balle plus vite au sol après le contact au sol.

En 2021, pourquoi ressortir une nouvelle version des wedges Jaws ?

L’histoire nous apprend d’abord que ce produit très spécifique représente des ventes très marginales tandis qu’à l’inverse, la version JAWS a pour ambition de bagarrer TaylorMade pour la troisième marche du podium des wedges, après Cleveland et Titleist.

Sur ce segment de marché, il est vital de se différencier pour essayer de perturber un segment où les ventes ne varient finalement pas beaucoup. Autrement dit, il s’agit de se faire remarquer.

Cela étant Full Toe, ce n’est pas seulement la définition déroulée jusque-là dans ce sujet.

C’est aussi un wedge où sur la face, les rainures vont justement jusqu’au bout de la pointe, quand à nouveau, pour les produits classiques, les rainures sont seulement placées au centre de la face.

Les bords en pointe et en talon sont lisses, et en fait inutiles pour la frappe de balle.

Ici, le fabricant avec un FULL TOE imagine que le golfeur va utiliser toute la surface du club, pour donner plus de spin à sa balle.

Comme Callaway est une marque « gourmande », elle combine plusieurs propositions dans son seul club, et d’où maintenant l’explication du terme Jaws, qui renvoie au film « Les dents de la Mer » diffusé pour la première fois en 1975, mettant en scène le célèbre Roy Scheider aux prises avec un véritable monstre marin.

Film qui a traumatisé des générations d’enfants au sujet des requins, et parallèlement un excellent terme pour expliquer à des golfeurs et des golfeuses, que les rainures vont apporter un pouvoir mordant vraiment supplémentaire.

Pour donner un maximum de spin, Callaway a donc utilisé sa technologie qui croise les rainures entre elles, autrement dit pour 17 rainures horizontales, Callaway ajoute des micro-rainures invisibles à l’œil nu entre les rainures horizontales, en forme de croisillons.

Tout pour le spin… Rien que pour le spin…

La marque va jusqu’à associer sa nouvelle tête avec un manche Dynamic Gold Spinner lui aussi censé favoriser le spin.

Des rainures jusqu’en pointe, une pointe taillée en pointe, et des rainures plus mordantes, le Callaway Jaws Full Toe est donc sur le papier un club pour faire en sorte que les balles dans n’importe quelle situation mordent les greens.

Ce club ne sera proposé que sur une seule version de semelle en C, pour des lofts allant de 54 à 64 degrés.

Le dernier élément technique mis en avant par le concepteur américain est son élément distinctif : Le variable Weight Port System qui veut dire système d’ajustement du poids variable…

L’objectif serait de remonter le centre de gravité ou plutôt l’éloigner du talon, là où taperaient les golfeurs et pour justement renvoyer une sensation d’un contact plus solide.

Alors justement, j’ai opéré un test de ces nouveaux wedges, et notamment des versions 56 et 60 degrés envoyés gracieusement cet été par Callaway.

Pour le test, muni du trackman, je me suis rendu sur une aire d’approches au golf de Mionnay, pour déjà me rendre compte des sensations de prises en mains, de maniabilité, mais aussi pour vérifier une question importante : Alors plus de spin ?

La problématique principale pour un fabricant, c’est donc d’expliquer à des consommateurs qu’un wedge peut apporter une valeur ajoutée technique, alors que le joueur est lui-même le principal générateur de la performance au golf, bien avant le club…

Qui donne du spin ? Le joueur bien plus que le club ?

Une des principales composantes du spin est la vitesse de la tête de club notamment générée par le golfeur.

Tant et si bien que tout le marketing d’une marque de matériel de golf tombe un peu à plat, quand il s’agit de proposer plus de performance, plus de distance ou plus de spin.

Pour un golfeur 54 d’index, ou même 36, ou même 24 ou même de mon niveau (14) peut-il réellement mesurer le gain potentiel apporté par un club de golf, un wedge, et donc du spin supplémentaire ?

Au moment d’attaquer un green à 30 mètres, comment voir que la balle va prendre 1500, 2500, 3500 ou même 4500 tours ?

A l’œil nu ? Vous ne le verrez pas ! Vous pourrez à peine mesurer si la balle s’arrête nette ou si elle parcoure un, deux, trois, quatre, cinq, six mètres ou plus.

Cependant, le spin ne sera pas le seul facteur explicatif. Doit être pris en compte, la trajectoire, la hauteur de la balle, son angle de descente, et sa vitesse…

Ensuite, quel golfeur amateur est capable de taper régulièrement à la même vitesse, au même point d’impact, avec le même loft dynamique ?

Bref, c’est difficile de prouver quoi que ce soit. Quelle est la part du golfeur ? Quelle est la part du club ?

Un test robot ? Cela n’a pas plus de sens. Ce qui est important au golf, c’est d’apporter du sens à des gens qui ne jouent justement pas comme des robots.

A 30 mètres, une balle de golf peut voler légèrement plus de deux secondes.

Pendant ce temps, avec le wedge Callaway Jaws, sur plusieurs dizaines de frappes, j’ai observé un taux de spin pouvant aller de 2500 à 4500 tours par…minute, soit en fait de 84 à 150 tours pendant la durée de vol réel de la balle.

Le carry de mes balles a été en moyenne de 6 mètres (pouvoir stoppant) pour des coups dont les trajectoires n’étaient effectivement pas très bombées (angle d’atterrissage de seulement 40 degrés).

Pour comparer, j’ai renouvelé un test similaire dans l’idée avec un wedge Wishon lui-aussi censé donner beaucoup de spin.

Du fait d’un équilibre du club très différent pour en fait un wedge de même loft, j’ai constaté un loft dynamique plus important d’un degré (45 contre 44 degrés avec le 56 Callaway).

Cela a forcément eu un impact sur la trajectoire, mais aussi le spin.

Comme l’équilibre du club était différent, j’ai donné plus de vitesse de swing avec le Wishon, et en fin de compte… plus de spin (environ et seulement 100 tours par minute en moyenne, soit quatre tours à l’échelle d’un vol de deux secondes).

Bref, démontrer qu’un wedge avec une pointe (toe) plus longue donne plus de spin est un exercice ardu. En théorie, c’est possible, et notamment sur des coups joués en mode vraiment FlopShot.

Par expérience, sincèrement, je connais ou j’ai vu très peu de golfeurs amateurs, réellement capables de taper d’excellents FlopShot.

On en revient au fait que ce bénéfice pour cette utilisation n’est donc que très marginale.

J’ai reproduit le même test à une distance légèrement comparable (25 mètres) avec le wedge 60 degrés, et cette fois, j’ai donné plus de spin avec le Callaway Jaws Full Toe versus le Wishon.

L’écart de spin par minute était de 400 tours sur un temps de vol à peine supérieur à deux secondes… On parle de douze tours sur le temps de vol réel, et en réalité, aucun effet quasiment sur l’écart de distance entre la roule et le carry, dans les deux cas, autour de 6 mètres.

Bien entendu ce premier test est parcellaire.

Il y a quantité d’autres tests à faire, et mon propos n’est pas de dire que c’est un mauvais produit ou qu’il ne fait pas ce qu’il promet.

Mon propos, c’est de vous mettre en garde sur votre propre capacité à percevoir un gain de spin entre ce club, et un autre, sauf si très usagé, inadapté, et de mauvaise qualité.

En revanche, les atouts de ce nouveau club sont ailleurs…. Tout d’abord, l’esthétique ou dessin du dos me paraît très bien réussi, et un argument sérieux pour l’acheter.

On sait que c’est le plus important.

Quantité de bons joueurs témoignent du fait que pour qu’ils jouent un club de golf, ils ont besoin de le trouver attrayant une fois posée au sol sous leurs yeux.

Ce sera sans doute le cas pour beaucoup d’amateurs avec ce wedge JAWS.

Dans les points intéressants à relever quand on teste ces clubs, c’est que l’on sent justement assez bien dans les mains, quand une balle est tapée un peu plus près de la pointe qu’elle ne le devrait.

Cela, c’est un bénéfice palpable par beaucoup d’amateurs…

Encore une mise en garde, si certains parleront de clubs tolérants au sujet de ces wedges JAWS Full Toe, j’ai aussi noté que la moindre faute dans l’attaque de la balle vers le sol est sanctionnée par un top.

Cela reste de mon point de vue un club, certes très polyvalent (on le couche facilement au sol), mais pointu, et plutôt pour un très bon joueur…

Enfin, la seule chose que j’ai trouvé décevante, c’est finalement le Grip Lamkin UTX que je ne trouve pas à mon goût. La face me semble aussi marquer très vite après les impacts de balles.

Les sandwedges restent définitivement les clubs les plus fragiles du sac.

200 euros le wedge quand le plus souvent, il faut les tripler pour aller du 52 au 60 ou du 50 au 58, c’est aussi une véritable réflexion à mener pour jouer des wedges au look effectivement très réussi.

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