TaylorMade P7MB : De nouvelles lames Muscle Back ? Risque d’embouteillage sur la gamme Player ?

Au cours de l’été 2020, la marque américaine TaylorMade a considérablement retravaillé son catalogue de produits, et en particulier, ses séries de fers pour les golfeurs à la recherche de précision, plutôt que de distance additionnelle. Désormais, TaylorMade va jusqu’à vous proposer 8 séries de fers différentes, et notamment la nouvelle P7MB, une série de lames dite Muscleback. Comment s’y retrouver dans cette offre ? Quels sont les véritables critères de choix ? Et surtout, cette série P7MB est-elle vraiment injouable pour un golfeur amateur ?

Depuis quelques années, les marques de matériel de golf se mettent à multiplier les séries de fers, et notamment dans une optique de fitting, pour proposer une tête adaptée à chaque profil de golfeur ou de golfeuse.

Mizuno, Srixon, les marques japonaises ont été parmi les premières marques à créer des déclinaisons, dont on pouvait se demander si elles étaient vraiment si nécessaires ?

En réalité, à force de fitter des golfeurs amateurs, les marques ont observé qu’il y avait une nouvelle opportunité pour augmenter les ventes, en copiant finalement le modèle déjà vu dans les shafts : Augmenter le nombre de combinaisons, et de solutions.

Les golfeurs, mieux informés sur le matériel, plus exigeants, et pour les plus passionnés et consommateurs, plus soucieux des détails, se sont d’abord beaucoup mis en quête de trouver les bons shafts, et adaptés à leur projet de jeu, leur souhait de trajectoires…

S’agissant des têtes, finalement entre 30, 32 ou 34 degrés de loft, il y a bien à chaque fois 2 degrés d’écarts !

Pourquoi ne pas combler cet écart, et pratiquement proposer une série pour chaque loft possible ?

Si, il y a encore peu, on pouvait segmenter l’offre des séries de fers en 2 grandes familles et 6 sous-familles, cette nomenclature fragile (les marques aiment maintenir à tort une forme d’opacité sur la lecture ou l’interprétation de leurs offres) a de nouveau volé en éclat.

Par exemple, aujourd’hui, TaylorMade propose 8 séries de clubs, pour autant de besoins différents. 

Si la marque américaine, à l’image du reste du marché, maintient une séparation entre « Improvment » et « player », d’une part, les séries pour les golfeurs amateurs à la recherche de progression, et d’autre part, les séries pour les golfeurs déjà dans une forte logique de performance, est apparu une troisième séparation, qui au départ était un marché embryonnaire, et désormais, a pris une place non-négligeable, une sorte de pont entre « improvment » et « player ».

Dans un premier temps, j’avais moi-même appelé cette catégorie « Forgé tolérant » avant de me raviser, et tenter de l’appeler « player large back ».

La difficulté que je rencontre, c’est qu’aucune marque n’assume réellement de donner un nom à cette nouvelle catégorie hybride, à mi-chemin entre deux grands univers pourtant bien différents.

A l’image de la série TaylorMade P770, il s’agit d’une série de fers qui ressemble à des lames, sans en être pourtant vraiment, au point que l’on pourrait s’y méprendre.

Forgé tolérant est un nom efficace et évocateur, mais il pose un problème.

Le club n’est pas nécessairement toujours forgé au sens le plus noble du terme, à savoir forgé en une seule pièce.

Toujours en prenant l’exemple du P770, si le club a été forgé, en plus, on lui a ajouté du tungstène dans la cavité, et creuser une fente sous la semelle pour y insérer la Speed Pocket !

« Player large back » m’a semblé ensuite correspondre mieux, parce que le club présente effectivement une semelle un peu plus large par rapport à une P7MB, une lame vraiment plus traditionnelle.

Cependant, à la vue des nouveaux clubs TaylorMade 2020, P7MC, P770 et P7MB, j’en viens à me demander si le mot « player » présente encore du sens.

Et si nous devions admettre que les golfeurs ne se décomposent plus en deux seules grandes familles, improvment et player (en gros, plus de 10 d’index et moins de 10 d’index pour caricaturer à l’extrême, et alors que l’index n’est pas le bon repère pour distinguer les clubs), et désormais plutôt en trois catégories : Ceux qui cherchent la distance à tout prix (notamment parce qu’ils en manquent, et ont besoin d’aide pour lever la balle, ceux qui cherchent la précision à tout prix avec des lames types P7MB, et enfin une troisième catégorie entre les deux.

Cette troisième catégorie représenterait des golfeurs amateurs qui auraient suffisamment progressé pour commencer à avoir de l’ambition dans le contrôle des distances, tout en étant encore un peu intimidé, à l’idée de jouer des clubs de « champions ».

On pourrait appeler ces joueurs les « future player » ou apprentis bons joueurs en devenir.

Cette définition permettrait ainsi de mieux comprendre la stratégie des marques, et notamment comment elles pourraient vous aider à progresser avec des clubs adaptés.

Si je ne fais pas ce travail de définition, c’est alors impossible pour moi de vous justifier l’existence de la nouvelle P770, par rapport à la nouvelle P7MB.

La P770 représente justement cette nouvelle catégorie de fers qui ressemblent à des lames, sans en avoir justement les caractéristiques de lofts, d’offsets, et de largeurs des semelles.

A la différence de la nouvelle P7MB, la P770 est un peu comme le Canada Dry des lames : Elle en a la couleur, la forme, et éventuellement le « feeling », mais ce n’est pas exactement une lame muscleback avec les caractéristiques les plus critiques.

Bien que cet article devrait être consacré à la seule série P7MB, je me suis senti obligé de reprendre toute la classification des 8 nouvelles séries TaylorMade, et notamment pour y voir plus clair.

Ce tableau retranscrit donc pour un fer 7, les caractéristiques essentielles qui pourront vous aider dans votre choix.

Au passage, cela permet d’illustrer les véritables petites différences entre la nouvelle série P7MB, et la série P7TW déjà proposée par TaylorMade, et pourtant sur le même créneau, à savoir lames Muscle Back.

Les séries sont classées de la plus accessible à la plus délicate à manier (en théorie).

C’est principalement le loft, la taille de la semelle, l’offset et le swing weight qui permet de le déterminer.

A la lecture de ce tableau, on comprend plus distinctement la logique du fabricant.

Prenons un exemple : Votre principal problème est le slice, et en plus, un manque de distance.

Chez TaylorMade, vous devrez opter pour les séries qui présentent le plus d’offset et les lofts les plus petits.

A l’inverse, la distance n’est pas un problème pour vous, et vous ne slicez pas.

Au contraire, vos balles peuvent filer à gauche en hook (si vous êtes droitier), dans ce cas, limitez la valeur de l’offset.

Vous manquez de vitesse de swing ?

La longueur des manches des séries SIM MAX et SIM MAX OS est justement rallongée…

Une lame, est-ce vraiment difficile à jouer ?

Ce n’est pas parce qu’une tête est seulement plus compacte qu’elle ne vous est pas adaptée.

Il faut bien plus prendre en compte l’équilibrage du club.

Récemment, pour avoir fait essayer des clubs à un amateur d’une cinquantaine d’années, et féru de beaux clubs, en prenant la P770 dans les mains, il m’a justement dit « Le shaft me paraît trop lourd pour moi…mais j’adore cette tête. »

Il a eu tout juste dans son commentaire !

Ce qui fait la difficulté d’une série, ce n’est pas qu’une question de tête, mais bien plus une question de combinaison tête-shaft, et enfin de compte, le poids total du club, versus la capacité physique du joueur à déplacer ce poids pendant le swing.

Un golfeur, même débutant, qui ne ferait pas du slice, mais au contraire du hook, tirerait un plus grand avantage d’un club avec moins d’offset, et même une lame, à condition de la monter sur un manche plus léger !

Pourquoi la P7TW est la série la plus précise de la gamme ? Et par opposition, pourquoi la série SIM MAX OS serait la plus puissante ?

De toute la gamme, la P7TW est la plus précise, car en plus de la tête compacte, le loft va permettre les trajectoires les plus courbées. pour arrêter la balle le plus rapidement, couplé à un taux de spin plus important (backspin).

De plus, avec très peu d’offset, le joueur va plus librement pouvoir donner les effets qu’il désire à la balle (sidespin).

A l’inverse, la SIM MAX OS présente un loft si fermé que la balle va suivre une trajectoire beaucoup plus tendue.

A l’impact, le joueur va constater qu’il transmettra nettement plus de vitesse à la balle (smash factor plus tendu). D’autant qu’avec le manche allongé, il aura déjà lui-même gagné en vitesse de swing.

Et la P7MB dans tout ça ?

Elle se distingue principalement pour deux raisons : Son look de lames Muscle Back très épuré, et son offset.

Comparativement à la P7TW, la série P7MB en propose légèrement plus, tout en restant dans des proportions minimes pour ce type de clubs.

Objectivement, entre P7TW et P7MB, les deux produits se marchent sur les pieds, et il n’est pas certain que deux produits auraient été absolument nécessaires.

Sur un fer 7, l’écart d’offset est de seulement 0,2 mm.

La série P7TW ayant été conçue pour satisfaire Tiger Woods (TW), doit-on imaginer que d’autres golfeurs professionnels attendaient une série avec un choix d’offset moins radical ? Ou alors un look tout simplement moins « tigeresque » ?

Offrir des lames TW à Rory McIlroy et Dustin Johnson aurait-il été de mauvais goût ?

Une chose est sûre, TaylorMade si prend finalement assez mal pour la promouvoir auprès des amateurs !

Ainsi, Matt Bovee que j’avais interviewé l’an passé explique à son sujet « Le tout nouveau P-7MB a été conçu pour les meilleurs ball strickers du monde, à la recherche d’un contrôle chirurgical sur le travail de leur trajectoire, avec un pur feeling à l’impact. L’esthétique est contemporaine, avec une fine arrête supérieure et une semelle mince qui offrent un profil minimaliste qui plaît au puriste... » 

Avec une telle définition, l’ingénieur enferme effectivement ce produit dans une petite catégorie de joueurs, seulement les professionnels, et exclue la majorité des golfeurs d’un potentiel achat. 

Un tel club ne se limite pas seulement à un touché ou à un look pour puriste. 

La P7MB répond à travers des caractéristiques bien définies à un projet de jeu : Celui de produire des trajectoires plus hautes, de générer plus de backspin, et d’offrir moins de contraintes de trajectoires aux golfeurs qui ne slicent pas. 

Je ne fais pas que jouer sur les mots. 

Cette définition réaliste ouvre le produit sur une cible de clients potentiels, sans se diaboliser, et fermer tout débat du type « Je ne suis pas un professionnel. Ce n’est pas pour moi » 

Professionnel de golf, ce n’est pas un projet de jeu, c’est un statut ! 

Je joue ce type de clubs, et pourtant je ne suis ni un professionnel de golf, ni un puriste, ni l’un des meilleurs frappeurs de balles du monde, et je ne suis pas plus présomptueux sur mon projet de jeu ! 

D’autres amateurs, pourraient comme moi, bénéficier de clubs avec moins d’offsets, ce qui pénalise les golfeurs qui hookent la balle ou donnent trop de draw.

Contrairement à la mode ambiante, d’autres golfeurs amateurs pourraient bénéficier d’ajouter du loft à leurs clubs, pour augmenter la précision, et ils ne seraient pas automatiquement des puristes ou des joueurs du circuit… 

Sur le parcours, entre 150 et 160 mètres, vous pouvez changer de numéro de clubs si vous doutez de toucher le green. 

Par contre, vous ne pourrez pas changer la forme de vos fers, et notamment si vous voulez plus de draw ou plus de fade… 

Pour conclure sur les P7MB, j’aurai pu ajouter qu’ils ont été construits en acier carbone 1025, et forgé avec une presse de 2 tonnes pour que le grain de l’acier soit justement plus compact. Est-ce vraiment un nouvel argument ? 

Les faces ont été usinées avec précision.  Pourquoi, elles ne l’étaient pas avant ? 

En la matière, TaylorMade ne peut ni faire moins bien, ni faire mieux. L’intérêt du produit n’est pas à ce niveau. 

Pour un tel club, une mauvaise qualité de production des rainures serait rédhibitoire. 

En réalité, la seule justification de ce club, c’est son look très classique, qui en fait l’un des plus beaux du marché. Clairement, TaylorMade a réussi son coup : Proposer un magnifique club de golf. 

Sur la question du prix, 1399 euros les 7 clubs, c’est, revers de la médaille, dans la limite maximum pour ce type d’offres. 

C’est peut-être justement sur le prix qu’il aurait fallu être un peu innovant, et tenter de se démarquer de la concurrence. 

Titleist présente déjà la très jolie 620 MB aux environs de 1389 euros les 7 fers. Au moment de son lancement en 2018, Callaway proposait déjà la série Apex MB au prix de 1399 euros les 7 clubs. 

Finalement, ce sont encore les japonais qui ont été les plus innovants en la matière, et notamment Srixon avec la Z-Forged à 899 € les 6 clubs ! 

Le prix, ce sera le principal moyen pour ramener des golfeurs vers ce type de produits. Je suis convaincu que des golfeurs de moins de 45 ans sont tentés par ce type de clubs, mais freinés par le prix. 

Si les marques ne répercutent pas les hausses de coût de la main d’œuvre observées en Chine, et les variations de l’acier, ni même les conséquences du COVID sur l’industrie, ce serait peut-être le bon moment pour rendre les lames plus accessibles en prix, et rabibocher les golfeurs avec ce type de clubs, plutôt que de voir, chaque année, les ventes continuer de baisser inexorablement… faute de bien les expliquer, et de justement les enfermer dans une niche « seulement pour golfeurs professionnels ».

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