Fers TaylorMade P770 (2020) : Pour aller chasser sur les terres du Srixon Z-Forged

La marque américaine de Carlsbad, en Californie, ne pouvait pas rêver meilleure exposition que la récente victoire du jeune américain Collin Morikawa à Harding Park, dans le cadre du premier majeur de la saison 2020, le PGA Championship… sauf que le jeune californien de seulement 23 ans jouait encore un combo (mélange) de P730 et P750 (des clubs de la précédente génération), et n’avait pas encore mis dans son sac, les tous derniers modèles, ces fameux, et très beaux P770. Pour cet été 2020, TaylorMade relance donc sa production de nouveaux clubs de golf, et malgré la période du confinement, qui ne change rien au business-model des marques, toujours décidée à renouveler le plus fréquemment possible leur offre. Que peut-on attendre de franchement nouveau pour des lames P770 ? Qu’est-ce que la marque peut vous offrir que vous n’auriez peut-être pas déjà ? Quelle pourrait-être la plus-value de ces clubs ?

Depuis 4 ans, TaylorMade a opéré un virage majeur dans sa stratégie commerciale, et donc de communication.

La marque américaine, qui au passage, a changé de propriétaire, un fonds d’investissement désireux de relancer la profitabilité de la marque, s’est focalisée sur l’élite des meilleurs golfeurs de la planète, à commencer par Tiger Woods, la légende, et les meilleurs du moment, Jason Day, Dustin Johnson, et Rory McIlroy, tout en se préoccupant des grands espoirs comme Jon Rahm, Matthew Wolff et Collin Morikawa.

Avec une écurie de talents resserrés, exit Sergio Garcia, et Justin Rose, TaylorMade a misé sur la rationalisation, et les plus gros pourvoyeurs de fans sur les réseaux sociaux.

Dans sa communication, elle joue la carte de la « fraternité » entre cette « team » de golfeurs unique au monde.

Et aujourd’hui, la marque pousse cet esprit de « fraternité » jusque dans la fabrication de ses nouveaux clubs pour bons joueurs.

Ainsi, le communiqué de presse qui m’a été adressé au sujet des P770 portait la mention : « P770, que la rivalité fraternelle commence ! »

Elle joue à fond la carte de la complémentarité entre les différentes générations de talents, les différents styles de jeu, et pourtant, une seule et même ambition : La performance.

La photo de famille est donc très réussie, mais qu’en est-il vraiment des clubs ?

Pour cet été 2020, après avoir déjà alimenté le marché avec des fers SIM et SIM MAX à destination de 80/90% du marché des golfeurs et des golfeuses dès le mois de janvier, TaylorMade se replace dans la course des très bons golfeurs, avec une famille de clubs P (pour Player), pour qui elle entend faire fructifier les bons résultats de ses joueurs sur le PGA Tour.

Moins de 24 heures après la fin du PGA Championship à Harding Park, je recevais d’ailleurs un petit courriel me rappelant les bons résultats de la marque sur ce majeur :

Cinq des neuf premiers ont joué une série TaylorMade P, de même que 4 des 5 meilleurs au classement mondial…

Plus largement, 7 des 17 meilleurs mondiaux utilisent ce type de clubs… La marque entend vraiment marcher sur les plates-bandes de son voisin, Titleist, sur la catégorie des meilleurs joueurs qui jouent des clubs « sérieux ».

Vous serez peut-être intimidé par ces clubs pour bons joueurs, une définition qui est toujours délicate à faire. C’est quoi un bon joueur de golf ? Pour ma part, j’ai beaucoup de définitions différentes à produire à ce sujet.

Cependant, pour les avoir déjà testés au practice de mon golf, j’ai pu constater à quel point n’importe quel golfeur pourra s’accorder sur au moins une chose : « Mon dieu, qu’ils sont beaux ! »

Qu’est-ce qui fait dire qu’un club de golf est beau ?

Principalement le dos du club, soit la partie la moins directement utile à la performance, et seulement esthétique…

Le Muscle Back (dos musclé) de cette lame est à la fois épuré, mais aussi rond et gourmand. Il traduit de la puissance, et de la rondeur, tout en embarquant un très modeste logo TaylorMade en guise de signature.

Une lame MB (Muscle Back) est de toute façon, et pratiquement par définition, un club qui doit être le plus classique possible.

Par définition, c’est aussi une tête la plus compacte possible, ce qui l’oppose à un club dit « Improvment » pour golfeur en progression.

Ce volume plus réduit implique moins de tolérance dans la frappe, mais en bénéfice, plus de précision, et plus de possibilité de travailler la balle pour lui donner des effets de backspin et de sidespin (effets vers l’arrière et sur les côtés).

Le design de la P770 cumule une arrête fine, moins d’offset ainsi qu’une longueur de face plus compact comparée à la P790, le modèle le plus vendu par la marque ces deux dernières années.

Parce que c’est un club TaylorMade, il se distingue d’une lame de toute autre marque avec une fente dite Speed Pocket sous la semelle (notamment sur les longs fers), et une vis placée en pointe, et qui comble une cavité dans laquelle la marque a injecté une mousse spéciale.

C’est là où on quitte le domaine de l’esthétique pour rentrer dans le domaine du marketing bien plus que le domaine de la performance pure.

C’est bien sûr le jeu de la marque que de vous expliquer que la Speed Pocket va aider à la déformation de la face, pour lui donner plus de Smash Factor (Compression qui génère de la vitesse de balle).

La vérité, c’est que la compression ou smash factor est surtout directement impactée par des critères seulement objectifs pour ne pas dire mécaniques : Le loft et la longueur du manche.

Toujours à la frontière entre les mots du marketing, et la conception technique du produit, la fameuse SpeedFoam, théâtre d’un intense conflit entre PXG et TaylorMade, cette mousse en uréthane ultra légère est justement injectée à l’intérieure d’une tête… finalement creuse, et donc fermée par la vis placée en pointe.

L’injection de la mousse ayant lieu après la construction de la tête dite « Forged ».

Il convient alors de rappeler ce qu’est une tête forgée. La définition exacte signifie « forgée d’une seule pièce de matière », en l’occurrence, un billet d’acier.

La P770 est-elle vraiment une tête forgée ou est-ce seulement la face qui est forgée ?

Au sens strict de la définition, et notamment le fait d’avoir injecté de la mousse dans la cavité creuse, on est plus dans le cadre d’une pure tête forgée.

La tête a en plus été creusée sous la semelle pour y intégrer la Speed Pocket.

Elle Se compose d’ailleurs d’une face forgée 4140 enveloppante, un alliage soft Carbon steel avec 46g de tungstène.

La P770 a clairement impliqué plus d’une seule action de forge pour être réalisée…

Cela étant dit, la mousse aurait pour but d’atténuer les vibrations à l’impact, et donc de rendre le toucher plus agréable.

Toujours à propos de la face, il faut encore noter la présence invisible à l’œil nu du cône inversé qui serait placé de manière « stratégique » sur chaque fer, et pour améliorer votre régularité, et notamment la vitesse de balle sur les coups décentrés.

Bref, rien de vraiment si nouveau mis à part la beauté du dessin…

En vérité, pour comprendre ce produit, son intérêt, ses avantages et ses inconvénients, il faut se plonger dans le tableau des caractéristiques.

Pour plus de facilité, prenons toujours l’exemple du seul fer 7, alors que cette série sera disponible en magasin début septembre au prix tarif de 1400 euros les 7 clubs.

Deux informations sont à retenir plus particulièrement pour bien comprendre ce produit : Le loft et l’offset.

Avec un loft de 33 degrés (fer 7), et un offset de 2,4 millimètres, la P770 est en fait une lame beaucoup plus abordable qu’une véritable lame traditionnelle avec un loft plutôt compris entre 34 et 35 degrés, toujours pour un fer 7.

Cela peut paraître un détail, mais ce n’en est pas un.

Un degré suffit à changer radicalement les performances du club, et notamment le smash factor (compression), les angles de décollage, et d’atterrissage, ainsi que le spin.

La compression est en fait meilleure, et en contrepartie, les angles plus tendus, et le spin moins bon.

A titre de comparaison, la véritable lame de TaylorMade reste la P7TW avec un loft de 35 degrés, et un offset de seulement 1,4 mm…

C’est le deuxième point clé : L’offset dont la fonction a été imaginée exclusivement pour les sliceurs, et consiste à influer naturellement le chemin de club dans la zone d’impact.

Avec un offset de 2,4 mm, la P770 présente donc plus d’offset que la P7TW, la seule et véritable lame pour très bons golfeurs chez TaylorMade…

Cette P770 a donc bien un autre objectif plus mercantile : Rendre les lames MB plus abordables par d’autres golfeurs que les seuls professionnels.

En réduisant le loft, et en augmentant un peu l’offset (qui reste petit pour un club de golf), TaylorMade a en réalité conçu un très beau club de golf pour les amoureux du design, tout en leur donnant un peu plus de facilité.

Il y a un marché pour ce type de club ! A commencer par les golfeurs qui comme moi ne slicent pas, et en ont marre des clubs avec trop d’offsets qui contraignent des gros hook (effet inverse au slice de droite à gauche).

La P770 est en fait la réponse à l’excellente série Srixon Z-Forged qui présente quasiment les mêmes caractéristiques.

TaylorMade fait même un peu mieux sur un point : L’offset est de seulement 2.4 mm contre 2.6 mm sur la Z-Forged à loft équivalent.

En conclusion, s’agissant du segment des lames, la P770 reste sous la Titleist 620 MB et la Callaway Apex MB dans le registre des lames pour les plus puristes (loft plus important et offset plus réduit), mais se place très bien dans une nouvelle catégorie de lames jusqu’à présent seulement occupée par Srixon, la lame MB plus accessible par le commun des golfeurs amateurs, qui cherchent un club compact, beau et plaisant, sans trop sacrifier à la tolérance, et à la distance.

Et vous, comment choisir ?

C’est simple, vous devrez faire le choix sur des détails entre quelques mètres en moins en distance pure (roule), et plus de précision de contrôle (spin, angle d’atterrissage plus marqué, et justement moins de roule.

Cette offre P770 est certainement une réponse commerciale à la percée réalisée par Srixon avec la Z-Forged, et c’est d’ailleurs une très bonne initiative de la part de TaylorMade, surtout quand le club est aussi beau.

Le fait que la marque ait réduit l’offset (2.4 mm) par rapport au rival japonais est aussi très bien vu.

Je crois plus aux caractéristiques intrinsèques du club plutôt qu’au verbiage marketing sur la Speed Pocket, le cône inversé, ou encore la Speed Foam qui ne sont là que pour donner une personnalité TaylorMade à ce club.

S’agissant du shaft standard sur la série et bien que TaylorMade propose du custom, le KBS Tour 120 S est excellent bien que trop lourd pour sans doute une majorité de golfeurs. Il m’a semblé à l’essai qu’il favorisait une bonne hauteur de balle, et une trajectoire suffisamment bombée pour ce type de club.

En gros, pour un joueur naturellement puissant, ce couple tête-shaft n’enlève pas de puissance, tout en donnant un excellent contrôle. En revanche, pour un golfeur moins puissant, le manche risque d’entraver la maniabilité, et faire perdre les bénéfices du club.

La seule ombre au tableau, ce sera le grip Golf Pride Z-Grip 0.580 que je trouve très quelconque, et qui mériterait d’être changé pour un grip plus qualitatif de type MCC ou ALIGN, surtout au vue du prix de la série.

Dernière précision, mis à part le AW (un wedge 51 degrés), tous les fers sont proposés en droitier et en gaucher.

La longueur des manches est dans la norme (37 inches pour un fer 7).

A relire, le guide 2020 pour les séries de fers : https://www.jeudegolf.org//Comment-bien-acheter-ses-clubs-de-golf/guide-2020-fers.html

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