Est-ce que le poids d’un manche (shaft) de golf est si important ?

C’est l’une des grandes tendances de fond de ces dernières années, les manches, en particulier pour les bois, et même pour les fers peuvent être de plus en plus légers, et à mesure que les amateurs souhaitent taper de plus en plus loin. Certaines marques se sont faites fortes de proposer des manches sous la barre des 40 grammes. Oui, le poids d’un manche peut influer directement sur le premier paramètre clé pour créer de la distance : La vitesse de swing. Attention, le poids n’est pas le seul paramètre à prendre en compte. L’équilibre du club doit correspondre au tempo et à la force de chaque joueur ou joueuse…

En dix ans, et après des milliers de tests de clubs de golf, il est irréfutable que l’échelle de valeurs concernant les poids des manches a considérablement changé.

Pour des fers, avec toujours la grande séparation entre acier ou graphite, cette plage de valeurs s’est écartée entre moins de 50 grammes, et plus de 130 grammes.

C’est surtout vers le plus léger qu’il y a eu un effet le plus notable, et d’ailleurs, à l’inverse de ce que l’on pourrait croire d’emblée, plus c’est léger, et plus cela demande de la technologie, et par conséquent, le coût grimpe.

Pour les drivers, le sens de l’histoire a été le même, et le plus souvent par les mêmes marques.

En France, XXIO a été la première marque à lancer la course à la réduction du poids, et a connu pour cela un certain succès, en s’imposant en moins de 10 ans, comme l’une des 8 marques les plus vendues dans l’hexagone.

Depuis, Cobra ou Callaway, parmi les marques les plus anciennes lui ont emboité le pas, mais avec des stratégies tarifaires différentes.

A l’image de XXIO, Callaway propose la série EPIC Star sur un niveau de prix assez élevé ou au moins plus élevé que sa gamme plus traditionnelle, la gamme Epic Flash. A l’inverse, Cobra propose des prix plus « légers ».

Un club de golf est toujours aujourd’hui composé de trois parties fondamentales : la tête, le manche, et le grip. Ce dernier est d’ailleurs le parent pauvre du matériel de golf, et sans doute le plus sous-estimé.

On a tendance à oublier que le seul élément en contact avec les mains est le grip, et qu’il existe différentes tailles, et différents modèles.

Pas seulement pour amuser la galerie ou faire dans l’esthétisme, mais bien parce que cela peut avoir une influence directe sur la performance du golfeur ou de la golfeuse.

Nous y reviendrons dans un sujet plus détaillé.

Cependant, de ces trois composants, il est tout de même vrai d’affirmer que le manche subit les plus fortes variations de poids de la part des marques, ou alors des clubmakers quand ils assemblent différents clubs.

Alors que les marques, et les distributeurs proposent des clubs de plus en plus légers, les consommateurs n’ont pas souvent conscience des conséquences, et notamment sur l’équilibrage global.

Tête, manche, et grip ne forment pas seulement un tout.

Ils contribuent à l’équilibre global du club, et cet équilibre, appelé swing weight revêt une importance capitale par rapport à la force, mais aussi le tempo du joueur, pendant qu’il swingue.

Il n’existe pas vraiment de mauvais clubs de golf, mais le plus souvent, il peut y avoir une forme d’inadéquation entre le joueur et son club.

Plus positivement, on pourrait, à l’image de Trackman, un radar de mesure, parler d’optimisation.

Dans l’absolue, vous pouvez jouer avec tous les clubs de golf qui existent.

Un golfeur professionnel aura la compétence pour tirer le meilleur rendement d’un club très léger ou au contraire très lourd, car logiquement, il devrait avoir développé une sensibilité à son principal outil.

Pour un amateur, la question, c’est bien de savoir s’il optimise ses compétences ou pas, d’où le succès grandissant du fitting.

De la même façon que l’on a pu voir le développement d’une multitude de manches, et de clubs au cours des dix dernières années, on a pu voir que votre aspiration pour le réglage des clubs est de plus en plus forte, et avec une exigence de plus en plus poussée, au point qu’une simple journée de démo réalisée par une marque ou un distributeur n’est plus toujours l’option que vous privilégiez.

Toujours sur la question des manches de plus en plus légers, qui quelque part amènent à se poser la question du poids idéal pour un manche, on voit bien que les constructeurs déplacent le curseur chaque année vers moins de poids.

L’ultraléger est clairement un argument de vente.

Pour Loïc Monchalin, clubmaker près de Lyon, au Golf du Gouverneur, « Les clubs ultralégers ne sont plus des clubs qui se vendent, mais qui s’achètent. »

Il veut ainsi sous-entendre que ces clubs se vendent très facilement, et sans avoir à convaincre les joueurs ou les joueuses, qui arrivent déjà convaincus, et presque trop.

Trop, parce qu’ils ne se soucient peut-être pas assez des conséquences induites.

Le poids total d’un club de golf est une donnée souvent inconnue des consommateurs, car rarement affichée, et pourtant, elle peut expliquer des différences notables de rendements.

Prenons l’exemple des dernières séries Mizuno MP-20 déclinées en trois versions, c’est sur le poids global des clubs que l’on peut mesurer le plus de différences, et largement plus que sur les questions de lofts ou d’esthétismes.

Le studio JeudeGolf.org est depuis récemment équipé d’une échelle à swing weight qui permet de peser les clubs.

Si vous pesez le pitch dans les trois séries MP-20, MP-20 MMC et MP-20 HMB, vous trouvez 460, 450 et 440 grammes, et pourtant les lofts sont tous identiques à 46 degrés, de même que les lies à 63 degrés.

Les différences de poids peuvent bien entendu s’expliquer par les manches proposés en standard, à savoir de l’acier stiff, le plus souvent compris entre 110 et 120 grammes. Cependant, les têtes peuvent aussi varier en poids.

Le poids total d’un club de golf ne peut donc pas être occulté, et pourtant, sur le marché actuel, les écarts de valeurs peuvent être considérables.

Bien que plus haut, on ne relativise pas l’importance du grip, il faut admettre que c’est bien au niveau du manche, que les masses diffèrent le plus.

Tom Wishon, considéré comme une référence aux Etats-Unis dans le domaine du clubfitting l’affirme « Tandis que le poids de la tête de club et du grip peuvent varier selon les besoins du joueur, avec par exemple un swing weight plus élevé ou un grip plus large, les deux n’ont pas le même écart de valeurs que ce que l’on peut trouver sur les manches. »

De sorte que lorsqu’une marque veut drastiquement baisser le poids total d’un club, elle agit principalement sur le shaft, à l’image de XXIO qui a été parmi les premières marques à proposer des manches sous la barre des 50 grammes, puis 40, et peut-être un jour 30, notamment avec la contribution de Toray Industrie, capable de fournir des fibres de carbones plus légères, tout en restant suffisamment résistantes.

A mesure qu’il est avéré que le premier facteur de création de distance est la vitesse de swing, le fait de baisser le poids d’un club est donc un élément très important.

Certaines marques, à l’image de Callaway, Ping, TaylorMade ou Cobra jouent sur le dessin et l’aérodynamisme de la tête pour réduire la trainée du club, ou résistance au moment du release, l’intervalle où le club est accéléré le plus vite.

Les gains sont toutefois marginaux par rapport à la réduction du poids du manche de 10, 20 ou 30 grammes !

Pour Tom Wishon « La vitesse de swing est le facteur le plus direct sur la création de distance. Plus un club est léger, et plus la vitesse de swing est élevée, et plus un golfeur peut créer de la distance. »

Cependant, il ne faut jamais oublier que la vitesse de swing n’est qu’un seul paramètre et isolé.

Bien que les marques aiment parler de la fin du compromis entre distance et tolérance, un club de golf est toujours un compromis entre plusieurs critères.

Pour Tom Wishon « Le swingweight d’un club de golf doit correspondre au plus juste à la force réelle, et au tempo du joueur, ou alors, la baisse de poids ne correspondra qu’à une simple augmentation des coups décentrés dans la face, et par conséquent, une réduction de la distance. »

Au niveau professionnel, et on peut prendre l’exemple de Raphael Jacquelin, la question n’est pas nécessairement de swinguer plus vite, mais plutôt de prendre parfaitement le centre du sweet spot, pour optimiser le smash factor, et en fait, un paramètre plus important, la vitesse de balle.

Au drive, un golfeur qui swingue à seulement 100 mp/h mais qui centre parfaitement la balle avec le maximum de coefficient de restitution (1.50) peut obtenir 150 mp/h de vitesse de balle.

A l’inverse, un autre golfeur, qui pourrait swinguer à 105 mp/h mais avec une qualité de centrage dégradée à 1.42, irait finalement moins loin en distance, avec notamment une vitesse de balle de seulement 149 mp/h, et sans tenir compte des autres problématiques balistiques, comme l’angle de décollage ou le spin…

En somme, si vous voulez gagner en distance, vous pouvez naturellement regarder du côté du poids du manche, mais n’oubliez pas de vous assurer que le swing weight correspond à votre force réelle, et à votre tempo.

De fait, les notions de manches regular, stiff ou senior me semblent un peu périmées.

On ne peut pas échapper au fait de rentrer dans plus de détails, entre le poids exact du manche, et sa rigidité réelle sur toute sa longueur.

Regular, stiff ou senior, c’est finalement trop imprécis quand on compare des manches dont les rigidités varient non pas sur un seul point, mais sur au moins quatre sections, du butt au tip.

Surtout, il existe des manches regular plus légers que certains manches seniors ! Comment s’y retrouver ?

Malheureusement, il n’existe pas de règles toutes faites, pour vous expliquer par enchantement, ce que vous devriez choisir.

Pour plus de précision, vous serez obligé de procéder à des tests, et les sauvegarder pour les comparer, et arriver in fine à déterminer le poids de shafts qui vous convient le mieux.

Pour vous rassurer, je ne crois pas que ce soit au gramme près.

Pour preuve, ci-dessous des mesures que j’ai effectué au Trackman, et sur 6 ans, entre différents grammages de shafts.

Même dans mon cas, c’est quasiment impossible de tester 80 manches sur une seule et même tête de driver. Ci-dessus, ce tableau croise donc tête et shaft, il faut donc seulement s’intéresser à la vitesse de swing.

Dans la colonne de gauche, les poids des shafts exprimés en grammes, et répartis entre stiff ou regular (toujours du graphite).

Entre stiff et regular, ma vitesse de swing est en moyenne quasi identique sur six ans.

A l’œil nu, pour un manche regular, on ne peut pas forcément voir tant de différences.

En réalité, si on crée trois catégories, moins de 45 grammes, entre 46 et 55 grammes, et plus de 56 grammes, ma vitesse de swing est en moyenne et respectivement de 99, 95,5 et 95 mp/h.

Les manches plus légers m’apportent environ 4 mp/h de vitesse de swing supplémentaire.

Dans mon cas, le véritable critère de choix ne sera pas seulement la vitesse de swing, mais bien la vitesse de balle, et dans ce cas, vous pouvez avoir de véritables surprises.

D’autre part, un golfeur n’est pas condamné toute sa vie à produire une seule et même vitesse de swing, et par conséquent, à rester sur un seul poids de shaft défini.

Si je me réfère encore à mon expérience, récemment, j’ai passé un palier supplémentaire de vitesse de swing au drive avec une moyenne supérieure à 103 mph. Il me semble que ma bonne plage de valeurs pour le poids d’un shaft est comprise entre 60 et 65 grammes.

Pour avoir testé un manche de 75 grammes, je n’ai aucun contrôle sur la trajectoire du manche pendant le downswing, et par conséquent, un centrage aléatoire. A l’inverse, mon tempo n’est pas adapté à un manche trop léger.

Personne ne sera en mesure de vous conseiller raisonnablement, sans que vous tapiez vous-même différents shafts, et différents poids, à mesure que votre vitesse et votre tempo font de votre swing un modèle souvent unique.

Désolé de penser que cette information est plus importante que de vous recommander un club noté 4 sur 5, ou selon un index, ou je ne sais quelle autre ineptie inventée par des bloggeurs, soi-disant professionnel, en mal d’audience et de buzz.

Est-ce que le poids d’un manche est important ?

Oui, absolument !

Quel est le poids pour vous ?

Personne d’autre que vous ne pourra y répondre, et sur la base de nombreux tests réels, en isolant le plus possible les facteurs les uns entre les autres.

Autrement dit, il faut faire un fitting, et avec un bon professionnel, tout en passant du temps, et même en plusieurs fois.

Le point positif, c’est que je n’arrive pas à démontrer que c’est au gramme près ! Dans mon cas, j’ai au moins une tolérance d’environ 10 grammes.

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Commentaires   

golfnswing@gmail.com
0 #1 Et encore...golfnswing@gmail.com 24-12-2019 01:42
Depuis quelque temps, car il faut bien trouver quelque chose pour vendre, la mode est en effet aux shafts ultra léger. Or si , effectivement, en théorie, et testé avec sur un robot, plus le shaft et léger, plus le swing est rapide, dans la pratique, comme le dit fort justement Laurent, ça ne fonctionne pas comme ça.
Pour s'en convaincre, demandez-vous si on lancerait une balle de tennis de 58 g à la même distance qu'une balle de base ball de 140 g. Un jeune enfant lancera la balle de tennis plus loin et, avec un adulte un peu costaud, ça sera l'inverse. Donc, oui il faut faire un fitting chez un bon professionnel qui saura très vite trouver la solution.
Il faut savoir, par ailleurs, que le poids du shaft a une incidence souvent très marquée sur le chemin du club, ce qui est un élément de fitting très intéressant, alors que le poids de la tête aura plutôt un effet sur le retour de celle ci par rapport au chemin.

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