Pourquoi changer pour des fers plus modernes n’est pas la garantie de mieux jouer au golf ?

Depuis une petite décennie, les marques de matériel de golf proposent des clubs, en particulier des séries de fers, qui permettraient d’augmenter la distance, et transformer un fer 7 moderne en un ancien fer 5. Au moment de taper ces clubs sur les tapis de practices, et pendant une démonstration, les amateurs se laissent souvent griser par ce net regain de puissance, pourtant, le constat est implacable, en moyenne, le niveau d’index des golfeurs et des golfeuses, reste stable, aux Etats-Unis ou en France. Une fois sur le parcours, quelles pourraient être les raisons qui expliquent qu’un gain théorique ne se transforme pas systématiquement en gain pratique ?

Les fers à destination des golfeurs en progression (Improvment) ont vu leurs formes considérablement évoluées au fil des dernières années. Semelles plus larges, face plus fermées, centre de gravité de la tête du club déplacé, les ingénieurs complètement bloqués par les limitations imposées par le législateur ont néanmoins cherché à contourner les problèmes posées, pour répondre à une demande grandissante de la part des amateurs, et pour plus de distance.

Partout dans le monde, la part des golfeurs à un chiffre, les plus expérimentés stagne ou même recule, de sorte que la vente des clubs de précisions types lames devient de plus en plus anecdotique. En tête des ventes de séries de fers, il n’est pas rare de retrouver une série TaylorMade SIM2 MAX ou Callaway Mavrik, des clubs proposant des semelles larges, et des lofts abaissés à des niveaux jamais imaginés dix ans plus tôt.

Un fer 7 « moderne » est devenu un club avec beaucoup d’offset pour éventuellement contrer un trop plein de slice, avec un loft parfois abaissé de cinq degrés versus un club « classique », et le tout accompagné par une large semelle pour faciliter le contact avec le sol, en particulier sur un tapis de practice.

Les ingénieurs, dans toutes les marques, ont beau jeu d’expliquer qu’ils ont trouvé un moyen de compenser la perte de hauteur et de trajectoire des fers avec des lofts plus fermés, justement en reculant le centre de gravité… ce qui ferait d’un fer 7 moderne, un club qui pourrait lancer jusqu’à deux clubs plus longs, soit un fer 5 de génération précédente, tout en conservant un semblant de trajectoire de balle comparable à celle d’un ancien fer 7, bref un gain sans contrepartie.

Dans les faits, et selon les tests menés, ce n’est pas aussi simpliste, et les trajectoires de balles baissent bien avec les lofts, même si l’effet n’est pas aussi marqué.

Un fer 7 au loft survitaminé procure bien un boost notable de smash factor, et en contrepartie, un angle d’atterrissage insuffisant tout comme un niveau de spin trop bas.

Pour des golfeurs seniors, il faut admettre que l’objectif de la partie amicale du dimanche n’est pas de donner du backspin ou d’arrêter sa balle sur le green en moins de 5 mètres. Au contraire, il a besoin de roule en plus pour parcourir les 5 mètres qui manquent pour atteindre le green. Les marques l’ont bien compris.

Un fer 7 d’aujourd’hui n’est pas seulement un fer 5 déguisé par son loft, il l’est aussi par l’allongement des manches, qui depuis 2005 conduit l’ensemble des nouveaux clubs du marché à apporter plus de distance, mais largement plus de dispersion. Un fer 7 mesure 37 inches et parfois plus quand il mesurait moins 15 ans plus tôt.

Si nous voulions être critique à l’endroit des marques, on pourrait dire qu’elles se sont contentées de changer le numéro sur les clubs…

Les marques savent jouer sur l’égo des golfeurs qui n’hésitent pas à se comparer, non pas aux champions mais à leurs copains ou habituels camarades.

Parfois plus important que le score, le golfeur préfère prendre un fer 8 plutôt qu’un fer 7 pour parcourir la même distance que son voisin ou mieux depuis le tee de départ, constater avoir tapé plus loin avec le même club…

Souvent, dans une partie de golf, un joueur pourra vous interroger « quel club as-tu pris pour jouer ce coup ? » Il n’attend pas une réponse exprimée en loft mais plutôt en numéro. Il y a plus de dix ans, cela aurait pu avoir du sens. Aujourd’hui, l’offre de clubs est tellement diverse, que le numéro n’a plus de signification utile à une comparaison.

Quoi qu’il en soit, les séries de fers mises sur le marché fin 2021 ou début 2022 proposent des coefficients de restitutions en hausse.

Toutefois, tout golfeur amateur ou golfeuse amatrice pourra noter qu’il ou elle développe plusieurs tendances : Un très bon coup qui surpasse en distance, une moyenne de coups en retrait de 5 à 6 mètres par rapport au meilleur coup possible, et des coups vraiment moins bons et décentrés avec une perte de distance plutôt proche de 10 à 12 mètres.

Sur le parcours, chaque joueur ou joueuse se balade donc avec trois types de coups possibles, le très bon, les moyens et les mauvais. C’est valable quelque que soit la qualité des fers ou même leur modernité.

Quand on achète des nouveaux clubs, il y a bien entendu de nombreuses raisons qui président, et par exemple, l’espoir de mieux jouer ou de mieux scorer.

Le problème numéro 1, c’est que la plupart du temps, l’acte d’achat se décide sur un tapis de practice, en indoor ou en outdoor, et non pas sur un parcours de golf, et à 135 mètres d’un green.

Après tout, les fers servent essentiellement à viser des greens, soit sur un par-3 en premier coup, soit sur un par-4 ou un par-5 en deuxième ou troisième coup…

Le véritable juge de paix pour valider le choix d’un fer n’est donc pas le gain de smash factor enregistré sur un tapis, mais plutôt la capacité à atteindre une cible depuis un terrain, qui par définition n’est pas aussi parfait et constant qu’un tapis.

A 135 mètres de notre cible, un green avec un drapeau astucieusement placé, on retrouve pourtant nos trois types de coups « en magasin » : Le très bon, le moyen ou le mauvais qui peuvent se répartir en trois zones d’atterrissages autour de notre cible.

En vert, près du drapeau, c’était le coup parfait avec une chance de par ou de birdie… En orange, le coup moyen, un peu plus loin du drapeau avec une moindre chance de par, et enfin, en rouge, le green est manqué après le mauvais coup, et la balle potentiellement dans un obstacle avec l’obligation de faire approche-putt pour seulement sauver le par ou pire.

Pour citer Richard Hurvitz, célèbre coach de golf en région Lyonnaise, ancien pro sur le tour et contemporain de Johnny Miller « On ne joue pas au golf pour taper des coups moyens ».

Certes, si cela ne doit pas être notre intention, force est de constater que c’est pourtant ce qu’un golfeur ou une golfeuse a le plus de chance de réussir, et les clubs modernes ou de progressions ne changent finalement rien à cette problématique.

En partant du principe qu’un golfeur n’aurait plus besoin que de son fer 8 plutôt que d’un fer 6 pour viser une cible à 135 mètres, peu importe le club ou la distance, gardons le principe en tête, c’est aussi valable pour 100 mètres, etc., la problématique du très bon coup, du coup moyen ou du mauvais coup reste…

Oui, même si le numéro du club change, non, l’amateur n’augmente pas son potentiel de chances de taper plus de très bons coups ou moins de très mauvais…

Est-ce à dire que les nouveaux clubs ne seraient pas plus tolérants ?

Les nouveaux clubs proposent bien incontestablement plus de smash factor, plus de moment d’inertie et une surface de frappe plus tolérante.

Même les coups décentrés sont meilleurs… pourtant il y a un problème qui ne peut être résolu, et vous ne le verrez pas sur un tapis de practice, en indoor ou en outdoor…la qualité du contact avec le sol !

Quel smash factor après un coup tapé dans la terre ou avec plus de terre ou de gazon entre la balle et la face ?

Avec un fer 7 survitaminé, oui en théorie sur un tapis de practice, le smash factor peut monter au-dessus de 1.40…contre moins 1.35 pour un fer 7 classique, soit par exemple 140 mph de vitesse de balle pour un coup tapé à une vitesse de swing de 100 mph, et donc un gain de 5 mph contre 135 mph de vitesse de balle. Le smash factor, c’est le ratio entre vitesse de swing, et vitesse de balle…et au moment de parler distance, oui, il faut bien prendre compte la vitesse de balle après l’impact avec la face.

5mph de gains de vitesse de balle, même sans tenir compte du spin, des angles de trajectoires, il y a bien en théorie un gain possible de distance.

Cependant, si votre club rencontre le sol trop tôt sur un terrain légèrement plus souple, nécessairement, le risque augmente de coincer de la terre et/ou du gazon entre la face du club, et la balle.

Quelque soit le club utilisé, le smash factor va baisser. Pire, entre un bon ou un mauvais coup, la dispersion totale pourrait augmenter avec le club moderne, rendant plus difficile votre travail de prédiction. Quel club choisir si votre fer 7 va dans le meilleur des cas à 130 mètres, et dans le pire à 90 mètres ?

Selon l’expert et professionnel Adam Young, un golfeur a plus de chances de commettre une faute de profondeur avec le sol plutôt qu’une faute de placement de sa face !

Alors que les professionnels s’entraînent quasi-exclusivement sur des practices en gazon, les amateurs s’entraînent inversement quasi-exclusivement sur des tapis de practices...

Le principe même d’un tapis de practice est d’annihiler la question du contact avec le sol, et d’autoriser un coup moins précis en bas de l’arc de swinguer à lancer tout de même la balle.

La psychologie du golfeur ou de la golfeuse est ainsi faite que l’on est trop concentré sur le gain potentiel de distance lié à un club en théorie plus puissant que l’on perd de vue la réalité essentielle du terrain : La qualité primaire du contact de balle !

En réalité, les clubs modernes font deux mauvaises choses pour un amateur : La première… cela n’éduque plus le golfeur a apprécié vraiment la qualité d’un contact de balle par rapport à un autre. Comme la surface de frappe est plus généreuse, le cerveau n’est plus entraîné à essayer de rectifier une imprécision.

La deuxième, comme la tête de club est plus large, toujours le cerveau se laisse à penser que la marge d’erreur est plus grande…

Si on vous donne un petit marteau pour enfoncer un clou, il y a des chances pour que vous vous concentriez davantage au moment de taper, alors qu’inversement avec un marteau plus gros, vous vous sentirez moins contraint dans votre geste, et même moins concentré… La dispersion de votre coup sera potentiellement plus élevée…

Acheter une série de fers dite Moderne avec des lofts plus fermés et une semelle plus large n’est donc pas automatiquement synonyme d’une meilleur jeu sur le parcours. Oui, sur le tapis de practice, potentiellement, vous pourriez taper plus loin et plus fort.

Cependant, la stabilité des index nous enseigne que pour une majorité de golfeurs et de golfeuses, ce gain théorique ne se vérifie finalement pas de manière aussi spectaculaire sur le parcours.

Au contraire, la priorité de tous les amateurs, garçons ou filles, et comme le répète souvent Arnaud Garrigues, coach de golf et cadet professionnel, c’est bien plus la qualité du contact recherché.

Un club peut-être en théorie moins tolérant sera finalement plus instructif pour apprendre à sentir le véritable touché. Plus qu’une nouvelle série de fers, il faut se fixer comme priorité d’améliorer la qualité de son contact avec le sol, en s’entraînant plus souvent sur du gazon…et même si la zone d’entraînement n’est pas aussi jolie qu’à la télévision.

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Commentaires   

golfnswing@gmail.com
0 #3 Humm !golfnswing@gmail.com 04-01-2022 20:35
J'ai vu passer plusieurs milliers de golfeurs sur Trackman. Je n'en connais pas qui soient mauvais sur Trackman et bons sur le parcours.
Et la question n'est pas celle du contact, mais plutôt celle du practice, avec un lie toujours identique vs le parcours ou le lie est toujours différent et auquel il faut s'adapter.
En résumé, pour être bon sur le parcours, il faut être bon sur le tapis, mais ça ne suffit pas.
Après, pour les départs, on drive en général depuis un tee, non ?
golfnswing@gmail.com
0 #2 Les loft plus bas, une bonne blaguegolfnswing@gmail.com 04-01-2022 20:09
Merci à Laurent Agostini pour cette article dont la conclusion très claire est que l'abaissement des loft qui dure depuis plus de 20 ans est un véritable piège pour les golfeurs.
Ainsi dans les années 80 le loft moyen d'un fer 5 était de 30 degrés et celui d'un fer 7 de 38 degrés. Aujourd'hui, sur une série Maverick Callaway ces valeurs sont , respectivement de 21 degré et 27 degrés ! Il ne faut pas s'étonner, alors, que, en dépit des soi disant avancées technologiques inouïes des clubs de golf, d'année en année l'index américain moyen reste désespérément collé à 17 depuis plus de 20 ans. Sauf très bons niveaux, sur une série type Mavrik, la majorité des golfeurs ne parviendra tout simplement pas à jouer correctement au delà de son fer 8. Car n'oublions pas, non plus, que plus le loft est bas, plus il faut de la vitesse de frappe pour que la balle monte suffisamment et les effets latéraux pernicieux sont marqués lorsque la frappe n'est pas parfaite (face square au chemin de swing).
Après, pour ce qui concerne le COR des faces de fers, il y a bien longtemps qu'il a atteint le maximum autorisé de .83. Ainsi pour les 771 CSI de Tom Wishon qui datent de 2014 et dont le principe a été repris par tous les fabricant.
Quant au MOI, certes il a progressé, mais il y a bien longtemps que, parce qu'il est proportionnel au carré de la distance au centre de gravite , en chaque point de la tête du club, distance très faible, cette progression a des effets quasiment insignifiants.
Mais bon, tant que les golfeurs n'auront pas compris que les marques et leurs revendeurs sont là pour leur faire renouveler sans cesse leur matériel, ce qui est de simple logique commerciale, et non pour les faire mieux jouer, ils ne cesseront d'enrichir en pure perte les dites marques.
edepaire@gmail.com
0 #1 un rêveedepaire@gmail.com 20-12-2021 10:37
Si la ffg voulait faire progresser les golfeurs elle devrait obliger les golfs à proposer des practices sur herbe. Et les prof a donner leurs cours sur gazon! mais maintenant meme les parcours compact se mettent à faire des départs synthetiques soit disant pour l'ecologie... ça fait surtout des economies d'entretien et ça ne va pas arranger nos contacts.
Dommage

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