Les plus mauvais drivers de golf de l’année 2021

Chaque année, invariablement, les médias de golf dans leur immense majorité, y compris JeudeGolf, publient des sujets consacrés aux meilleurs drivers de l’année en cours. Ces sujets sortent rapidement en début de saison, et Golf Digest en particulier, c’est fait fort de sortir jusqu’à une liste des produits dit « Gold », dont d’ailleurs les marques citées n’hésitent pas à se gargariser. Pour ceux qui produisent des classements, le but est de vous orienter sur les meilleurs produits mis sur le marché laissant supposer que cela pourrait être vrai : Il y a de meilleurs produits que d’autres…Pour les plus modestes, dont JeudeGolf, l’objectif est plus de vous décrire les caractéristiques des produits, en même temps d’interroger les marques sur la réalité des changements annoncés, et censés améliorer le jeu des futurs acheteurs. En revanche, étonnamment, personne ne publie jamais un sujet sur les plus mauvais drivers… En admettant que peut-être, il y a un classement des meilleurs, par opposition, il y a forcément les plus mauvais… J’ai voulu m’intéresser à cette question pour prendre à contrepied une manière de considérer le matériel de golf, totalement erronée, et au détriment de la majorité des consommateurs.

S’il y a un ballon d’or, il y a un ballon de plomb

Dans le domaine du football, beaucoup connaissent la traditionnelle cérémonie du ballon d’or, qui chaque année, récompense le meilleur footballeur de la planète, et sur la base de notes données par des experts.

Beaucoup moins connaissant ou plutôt ont eu connu le ballon de plomb, trophée remis entre 2003 et 2014 au footballeur qui recueillait le plus d’opinions négatives dans une année.

Au-delà d’avoir un caractère plus décalé, et limite humoristique, ce trophée apportait une notion de relativité : S’il y a un meilleur, il y a inversement un plus mauvais.

En matière de matériel de golf, force est de constater que personne n’a jamais voulu prendre le contrepied d’un marketing bien huilé, non pas celui des marques, mais celui des médias.

En 2021, rebelote, les médias, sites ou magazines principalement anglo-saxons et même francophones, relancent une série de sujets sur les meilleurs drivers de golf en 2021, et le plus souvent sur des arguments très discutables, et même pas d’arguments du tout dans certains cas, sauf à faire la liste de nouveautés pour chaque « OEM » (à savoir les original equipment manufacturer) qui décrivent en fait les 10 plus gros faiseurs du marché mondial.

Le meilleur driver de golf en 2021 n’existe tout simplement pas ! C’est une invention médiatique !

C’est encore plus le cas cette année que par le passé, car de mon point de vue, basé sur des entretiens avec les ingénieurs des marques depuis plusieurs années, et dernièrement sur la présentation faite par TaylorMade et Callaway des derniers drivers 2021, les marques visent toutes actuellement le même centre de gravité : le point PING !

PING dans la position la plus enviée

Pour le marché français, en fin d’année 2020, PING a terminé à la première place du driver le plus vendu dans l’hexagone, et cela tient au moins pour trois raisons seulement objectives : Le positionnement prix, le rapport perception de la marque sur prix, et le moment d’inertie du club.

En 2020, Callaway s’est effectivement classée premier pour les ventes de drivers en France tous clubs confondus, mais n’a pas obtenu la première place du « driver le plus vendu ». Ce fut clairement le PING G410.

Le meilleur driver de golf en France ?

En magasin, le PING G410 est sorti en moyenne entre 20 et 40 euros moins cher que les équivalents chez TaylorMade et Callaway. Il y a clairement une relation d’élasticité au prix entre le consommateur et le matériel.

Depuis que Callaway et TaylorMade ont revu leurs prix à la hausse, mécaniquement PING qui ne l’a pas fait, a gagné des parts de marché, et à la faveur de mon deuxième argument : La marque jouit d’une bonne image auprès des consommateurs.

Sur le marché francophone, il existe des drivers moins chers que le modèle PING, cependant les golfeurs évaluent bien un rapport prix sur image de marque ou sur qualité perçue du produit.

Entre PING, TaylorMade, et Callaway, à 20 ou 40 euros près, PING peut faire la différence contre ses principaux concurrents, mais ce n’est pas le seul argument, et il n’est pas encore suffisant.

Cinq ans en arrière, TaylorMade dominait outrageusement les ventes de drivers, et PING était à la traîne avec son « image » de drivers qui donnaient beaucoup de spin…

Qu’est-ce qu’un driver qui donne beaucoup de spin ?

Un driver qui génère potentiellement un peu moins de distance, mais surtout un driver qui inversement peut présenter beaucoup plus de moment d’inertie.

Pour un driver, le moment d’inertie, c’est en fait la note de stabilité de la tête de club à l’impact.

Une tête de driver plus stable à l’impact, c’est potentiellement une balle mieux centrée dans la face, plus de smash factor, plus de vitesse de balle, et en prime, peut-être un peu moins d’effets latéraux.

Alors que depuis 5 ans, la moyenne d’âge des golfeurs a probablement encore augmenté, le cœur du marché, les seniors ont simplement analysé qu’un driver avec plus de moment d’inertie leur était plus adapté, versus un driver de champion sur le PGA Tour.

En 2021, deux marques en particulier l’ont bien compris : TaylorMade et Callaway.

Les nouveaux EPIC et SIM 2 ont bien un objectif : Illustrer aux consommateurs une augmentation du moment d’inertie, ce qui pourrait se traduire après beaucoup de raccourcis, par un driver plus facile à jouer.

Toutes les marques cherchent le centre de gravité économique obtenu actuellement par PING, et cela passe donc par plus de moment d’inertie.

Revers de la médaille, mon intuition m’amène à penser que de manière invisible à l’œil nu, l’ensemble du marché s’uniformise autour d’un seul et même modèle de driver type.

Je considère que c’est une mauvaise chose pour la diversité du marché, car les golfeurs, vous, nous sommes d’abord divers.

Dans le détail, il n’existe pas un golfeur type avec un swing type, et donc un driver type, alors qu’au contraire, votre meilleur driver, ne sera pas mon meilleur driver.

Faire une liste des meilleurs drivers n’a donc aucun sens, alors qu’en revanche, éditer une liste des caractéristiques de chaque driver peut avoir du sens, pour aider des golfeurs à trouver une solution parmi un million de choix de combinaisons possibles, entre la tête, le manche, et le grip.

La liste des meilleurs drivers pour une supposée liste de golfeurs homogènes a plus de chance d’être la liste des plus mauvais drivers pour Pierre, Paul, Bernadette ou Jacques.

Les meilleurs drivers sont en rupture de stock

En 2021, il y a encore un autre argument pour être contre-courant des histoires qui vous sont racontées sur les meilleurs drivers. Il n’y a pas de stock !

Ironie de l’histoire, ce sont désormais ici ou là quelques distributeurs qui m’appellent, sous couvert d’anonymat, pour se plaindre du fait que les marques ne les livrent pas des nouveautés 2021.

Callaway est citée parmi la majorité des marques pour ses ruptures de stocks, et par exemple, le dernier bois de parcours Big Bertha 21.

Un média de golf francophone aurait voulu argumenter sur une mauvaise gestion du géant américain. Affirmer cela, c’est sans doute bien mal connaître Callaway, n’avoir jamais visité leurs usines ou leurs locaux.

Je ne pourrai jamais dire que Callaway est une entreprise mal organisée.

C’est plutôt tout le contraire, et beaucoup de chefs d’entreprises pourraient rêver de monter une telle machine commerciale.

Callaway est au niveau mondial, l’entreprise du secteur golf qui a connu les plus fortes progressions au point de devenir un véritable géant, et propriétaire de plusieurs marques dominantes comme TopGolf, Ogio, Travis Matthew ou encore Jack Wolfskin.

Callaway, et l’ensemble des marques du marché, a réagi comme beaucoup d’autres entreprises face à la crise du COVID : Dans l’émotion !

Qui pourrait leur reprocher ?

En avril 2020, le marché mondial du golf était à l’arrêt. Les dirigeants des marques, sans visibilité ont annulé les commandes de composants. Ils ne les ont pas reportés ! Ils les ont annulés !

Deux mois plus tard, sans que personne n’ait pu le prédire, le golf allait connaître un boom de pratique sans précédent dans le monde.

D’arrêt total, le marché est passé en surchauffe.

Selon les normes du contrôle de gestion, cela fait belle lurette que les drivers ne sont plus fabriqués ailleurs qu’en Asie, et dans un nombre minimum d’usines, d’où une grande standardisation des produits, tous très similaires, et limités par les mêmes normes.

L’offre n’a donc pas pu suivre la nouvelle demande, et les stocks sont depuis sous tension, et pour plusieurs mois encore.

Ce à quoi, il faut ajouter la priorisation des achats de matériel médical et de vaccins réalisés vers la Chine, et vous obtenez une recette où les containers de produits golfiques sont mis au second rang des priorités d’acheminements, ou alors le prix des containers est multiplié par trois, ce qui revient à retarder la livraison du matériel.

Faire des listes des meilleurs drivers en 2021 n’a donc pas de sens, puisque les produits ne sont pas tous en magasin en mars 2021.

Les marques ne sont pas mal organisées.

A leur décharge, depuis février 2020, le monde a changé.

Elles ont peut-être et néanmoins commis un péché d’orgueil : Penser qu’elles pourraient continuer à sortir des nouveaux produits tous les six mois...

Pas de liste, que des solutions à rechercher

Vous l’avez compris, je ne vais pas vous faire une liste nominative des plus mauvais drivers, et sur la base de quels arguments ? Les mêmes qui affirmeraient le contraire ?

Je constate que la liste 2021 de Golf Digest fait déjà état d’au moins 8 drivers avec la médaille d’or, le Callaway Epic dans toutes ses versions, idem pour Cobra, Mizuno, TaylorMade, Srixon, PXG, TaylorMade, Titleist, et PING.

Ce n’est plus un concours de médaille d’or quand 8 compétiteurs se hissent tous en même temps sur la première marche du podium à égalité. Autant conclure qu’il n’a pas de meilleur driver.

Golf Digest évalue la performance mais ne mesure pas le moment d’inertie des têtes ou ne prend pas compte la déflexion du shaft ! Pour ces raisons, cela nous empêche tous d’édicter une liste des meilleurs drivers, et de faire un palmarès.

Golf Digest donne une note d’évolution technologique alors que les produits sont bridés par des normes strictes qui empêchent les fabricants d’améliorer notablement les performances.

Le seul critère qui pourrait avoir du sens concerne le regroupement du look, du touché ou des sensations… Par définition, trois éléments qui peuvent appeler des réponses complètement différentes selon chaque individu.

Par exemple, je trouve le SIM 2 beaucoup plus joli que l’an passé. Est-ce pour autant suffisant pour affirmer que c’est le meilleur driver de 2021 ?

A l’inverse, je ne suis pas fan du design du PING G425, est-ce pour autant suffisant pour en faire le moins bon driver de 2021 ?

A cela, il faut ajouter que sur les performances, il n’est pas réellement possible de distinguer les drivers sur le COR (coefficient de restitution). Les produits subissent tous les mêmes limitations.

Ce qui fait la différence… ce ne sont pas les composants, mais l’assemblage !

De même, le classement des meilleurs drivers de golf par MyGolfSpy, plus argumenté est pour autant tout aussi biaisé.

Il s’agit d’une appréciation virtuelle des têtes, sans jamais parler de l’impact des manches, comme si ces derniers n’existaient pas.

On peut faire dire beaucoup de choses aux chiffres, surtout ce qui nous arrange. Cela n’en fait pas pour autant une vérité pour le client final.

Cela ne veut pas dire que tester des clubs de golf n’a pas de sens.

Tester pour identifier des liens de causes à effets, la vérité n'est pas écrite, elle peut encore se découvrir

Tester des clubs a du sens pour parler des caractéristiques intrinsèques, et surtout des liens de causes à effets, que les golfeurs peuvent avoir du mal à appréhender, faute d’avoir à portée de mains, les outils adéquats pour les mesurer.

Les liens de causes à effets des caractéristiques, c’est quel loft pour quelle vitesse de swing au drive ?

La longueur du manche du driver correspond-elle à la capacité de centrer la balle dans la face ?

La taille du grip est-elle la plus pertinente pour une meilleure action des mains ?

Eventuellement, quel lien entre la taille du grip, et la manière d’amener la tête sur la balle (angle d’attaque) ?

La position de la face du driver est-elle en adéquation avec mon chemin de club naturel ? Le smash factor est-il vraiment le meilleur indicateur ?

A force de test, dans mon cas personnel qui n’a valeur d’exemple que pour le processus, je suis arrivé à choisir une tête 9.5 degrés puis 9 degrés, et, à mesure que j’ai augmenté régulièrement ma vitesse de swing jusqu’à 105 mph. Il ne s’agit pas là de vanité.

Pour cette vitesse de swing, une tête 10.5 degrés était à proscrire car l’angle de décollage que je générais était devenu trop important.

Le choix du loft est en effet en lien direct avec la vitesse de swing.

Dans la même logique, j’ai arrêté de choisir mon driver sur la notion de smash factor, pour surtout regarder la vitesse de balle.

A force de test, j’ai constaté que les radars ne sont pas toujours fiables pour mesurer la vitesse de swing, et selon certaines formes de têtes de driver (en particulier le M4 surestimé en vitesse de swing par le Trackman, et donc arbitrairement moins bon en smash factor).

J’ai coupé mon shaft pour en réduire la longueur, et par conséquent l’impact que cela avait sur mon chemin de club très/trop prononcé.

Cela m’a aidé à réduire légèrement ma dispersion. Lien de cause à effet entre longueur du manche du driver et la dispersion…

En conclusion, tous les drivers sont mauvais quand ils ne sont pas achetés avec une réflexion minimale sur quel est mon swing, qu’est-ce que je réalise, et quels sont les liens de causes à effets que je cherche.

Que des vainqueurs ?

Décerner le prix du meilleur driver de l’année au Callaway Epic Max LS… Est-ce que sérieusement quelqu’un peut prouver que le Titleist TSI2 ou le Cobra RAD Speed sont moins bons ?

Chez Titleist, PING, Cobra, TaylorMade, Srixon, Honma, Mizuno et PXG, peut-on sérieusement affirmer qu’il n’y a pas une solution adaptée à votre swing ?

Toutes les marques ont plus ou moins la bonne solution pour vous, mais pas forcément dans un produit de 2021. Cela peut aussi être un produit de 2020, de 2019 ou même de 2018.

Pour ma part, j’alterne en ce moment entre une tête M4 et une tête M5, car les deux me produisent strictement les mêmes résultats.

Mon choix est alors surtout dicté par ma confiance du moment, parce qu’objectivement, je ne peux pas distinguer les deux têtes sur de la performance.

La confiance, c’est un véritable critère de choix, et elle ne se décrète pas. Mieux, elle vous appartient.

Vous noterez donc que dans mon cas, je ne joue pas une tête 2021, ni même de 2020. Et d’ailleurs pourquoi faire un classement du meilleur produit 2021, et pas un classement des meilleurs drivers depuis 5 ans ?

En définitive, je remercie les marques de nous proposer chaque année des nouvelles têtes…

Pas parce qu’elles sont plus performantes que celles de l’an passé. Parce que malgré tout, elles proposent chaque année des petites différences de caractéristiques, et que dans le lot, parfois, une caractéristique (position de la face, placement du centre de gravité, réglages…) va mieux correspondre à notre projet de jeu, et constituer une bonne surprise.

Un golfeur, est parfois sans le savoir, un chasseur dans l'âme. Il part à la chasse aux birdies, et pour certains aux eagles. S'agissant du matériel, il n'y a aucune honte à avoir cette même âme de chasseur, pour chercher en permanence le petit truc qui apportera cette confiance supplémentaire.

Dans cette logique, vous pouvez chercher vers le futur, les produits de 2021 ou de 2022, mais vous pouvez aussi faire l'inverse, et chercher vers 2013 ou vers 2014... Les golfeurs professionnels le font bien !

Si vous devez changer de tête, c’est justement pour au moins une bonne raison en plus de vous faire plaisir… Trouver une caractéristique, un détail qui vous conviendra mieux.

Plus que du fitting, c’est du fine-tuning, et pour cela vous aurez besoin de la diversité proposée par les marques.

A ce titre, à quand une marque qui osera ne plus vendre un driver assemblé, mais les composants, à savoir seulement la tête ?

Pour le coup, une telle offre pourrait être une véritable innovation ! Une plus-value pour les consommateurs avertis.

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Commentaires   

soufron@hotmail.com
+1 #2 le plus mauvais...soufron@hotmail.com 05-03-2021 20:24
Il fallait oser ce titre! Cet humour est rafraichissant, et se fonde en fait sur une analyse très solide. Merci pour ce travail de journalisme authentique.
mhezkia@gmail.com
+1 #1 Publicité ?mhezkia@gmail.com 05-03-2021 10:58
Je ne voudrais pas paraître mauvaise langue, mais pour les revues de Golf, les meilleures places ne sont-elles pas conditionnées au budget publicité investi dans celles-ci ou alors, dans des "cadeaux" lors de sessions où l'on reçoit des journalistes ? Non, voyons, ce n'est pas possible ! Ça n'existe plus depuis fort longtemps... Je suis vraiment mauvaise langue.
Ceci dit, je partage totalement votre analyse, il est vrai que nous recherchons toujours le petit truc qui fera qu'on drivera mieux. Un exemple, je me souviens de la sortie des Taylor-Made noir et blanc, un des arguments mis en avant, c'était que grâce aux contrastes de couleurs, la tête paraissait plus fine, etc... Le Golf, c'est toujours 80% dans la tête, non ?

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