Est-ce qu’un driver peut perdre en performance au fil du temps ?

Pour formuler l’idée de ce sujet de manière plus descriptive, ici, on voudrait répondre à une préoccupation d’un certain nombre de golfeurs, et de golfeuses, qui peuvent se demander si à la force du temps, leur driver peut s’user, et notamment perdre en qualité de réponse, à savoir en smash factor. Combien de temps ? Combien de frappes ? Est-ce que la fréquence d’usage peut finalement abimer, user, le rendement du club, et plus particulièrement la face ?

Sur le marché hexagonal, on peut estimer qu’il se vend entre 80 et 110 000 nouveaux drivers, bois de parcours et hybrides chaque année, sachant qu’une bonne partie de ses ventes concerne uniquement le bois numéro un.

Cela signifie que sur un marché de 400 000 licenciés et quelques dizaines de milliers de non-licenciés supplémentaires, les golfeurs et les golfeuses renouvellent le driver en moyenne tous les quatre/cinq ans.

L’usure est-elle le seul critère pour justifier ce renouvellement ? Rien n’est moins sûr dans un marché qui est aussi drivé par le plaisir, l’esthétique, les sensations, l’envie de changer et le marketing des marques, sur des supposées performances supplémentaires.

A ce jour, aucune marque, aucun distributeur, et aucun média n’a publié une étude d’envergure sur l’usure des clubs de golf, mis à part dans le domaine des wedges, où il a été prouvé qu’en moyenne, après 75 parties de 18 trous, le niveau de performances des rainures pouvait baisser sensiblement.

De tous les clubs du sac, les wedges plus exposés aux débris et autres « petits cailloux » sur un parcours de golf connaissent un réel sujet d’usure, et de logique de remplacement, pour conserver un niveau de spin égal.

Cette préoccupation est poussée à l’extrême chez les golfeurs professionnels qui témoignent changer entre tous les 4 ou 8 tours.

Pour un amateur dans une pratique plus loisir, il n’est pas certain qu’il mesure réellement une perte d’environ 10% du potentiel de backspin sur ses coups.

Pour être concret, imaginons un coup de wedge tapé à 100 mètres avec un niveau de spin de 9000 tours par minute, et une durée de vol de la balle d’environ 3 secondes.

Le niveau réel de spin serait en fait de 450 tours pendant la durée de ce vol de balle, et donc une perte de 10% représenterait en réalité… 45 tours de moins…

Soit un niveau relativement imperceptible à l’œil nu, et phénomène auquel il faudrait ajouter le niveau d’usure de la balle…

Bref, l’usure du matériel de golf est le plus souvent marginale, et difficile à percevoir par le commun des mortels, sauf sur un point, l’usure visuelle du club qui peut recevoir des chocs dans le sac ou ailleurs.

L’usure visuelle du club, y compris un driver est d’ailleurs le principal indicateur. Cependant, même si un club n’a plus une « belle tête », est-il pour autant franchement moins performant ?

On peut largement en douter étant donné les matériaux utilisés.

Alliage de titane, carbone graphite… en fonction des composants de la tête, face, couronne, semelle, hosel, les têtes de drivers sont de plus en plus des compositions multi-matériaux, et pour les dix plus grandes marques du marché, il y a là un véritable enjeu de qualité.

Clairement, sur le marché actuel, et depuis de nombreuses années, la qualité de finition et de résistance dans le temps est un tel enjeu qu’aucune marque s’amuse à dégrader ce niveau de qualité, et de donner à ses rivaux, une occasion de faire la différence.

PING, Callaway, TaylorMade, Cobra, Srixon, Mizuno, Titleist, et toutes les autres… peuvent se battre sur beaucoup d’éléments afin de tenter de faire la différence, mais jamais sur les matériaux utiliser, et justement risquer une publicité négative, et même fatale sur des objets dont les prix de ventes peuvent s’apparenter à l’univers du luxe (Entre 450 et 550 euros pour un driver neuf).

Le driver étant un produit très normé par les législateurs (USGA et Royal&Ancient), les marques ont justement du mal à se démarquer les unes des autres sur la qualité, mais aussi la performance intrinsèque des produits.

On pourrait parler de beaucoup de paramètres pour distinguer la performance d’un driver, mais le critère le plus évident resterait le « smash factor », rapport calculé entre la vitesse de swing du golfeur, et la vitesse de balle après l’impact avec le club.

La vitesse de swing est le résultat de l’action du golfeur, et on pourrait ajouter le poids du club, et la longueur du manche, comme facteurs y contribuant.

La vitesse de balle est le résultat de cette même action de vitesse de swing sur la balle, mais cette fois, la construction de la tête de club rentre bien en ligne de compte pour produire le meilleur résultat possible.

Du point de vue des ingénieurs, il y a au moins trois éléments clés pour expliquer le rendement d’un driver : La dimension de la tête, l’épaisseur de la face, et la structure qui entoure et encadre la face.

L’élément qui subit le plus de pression est la face qui rentre en contact violent, brutal avec la balle de golf qui elle-même n’est pas une balle de tennis ou de ping-pong, à savoir souple ou légère, du fait de sa très forte compression, et de sa matière.

Si un élément pouvait réellement s’user, cela pourrait être la face plus que tout autre compartiment… toutefois, il faut faire une précision : Dans un usage normal.

A la rédaction, il nous est arrivé de recevoir des photos de drivers dramatiquement esquintés, et même cassés.

Sur les photos, sans être experts, nous pouvions distinguer des traces de frottements extrêmes sous la semelle, au niveau du bord d’attaque, signes de coups répétitifs tapés sur des surfaces abrasives.

Alors oui, un driver peut rencontrer un niveau d’usure extrême quand il n’est pas utilisé dans des conditions normales de jeu.

Pour rappel, un driver se joue la plupart du temps sur un tee, et sur un parcours de golf engazonné.

La plupart du temps, un golfeur ou une golfeuse est censée produire un mouvement remontant avec le driver, du sol vers le ciel, mais il arrive que des golfeurs, et même des professionnels, génèrent un mouvement inverse, et donc descendant.

Dans ce cas, le « leading edge » du driver ou bord d’attaque situé entre la face et la semelle est plus susceptible de heurter le sol.

Avant que la tête ne casse, un mouvement trop vers le sol peut déjà engendrer une autre rupture… celle du manche.

Effectivement à plus de 100 mph de vitesse de swing, si un golfeur lance la tête de driver dans le sol, il est plus que probable que le manche puisse céder sur un point où la torsion sera trop forte.

J’ai déjà pu assister à ce phénomène au PGA Show à Orlando où un golfeur américain Bodybuildé a mis « toute son énergie » vers le sol, et cassé… le manche, mais pas la tête.

Cependant, oui, il est possible de fissurer une face de driver, et dans certains cas extrême de casser un morceau de la face.

A nouveau, j’ai assisté un jour au practice de l’Open de France à un moment où le Français Sébastien Gros avait fissuré sur un petit point central, la face de son driver, et comme vous avez peut-être de votre côté déjà vu des images d’une face cassée sur un bois de Mickelson.

Dans ce cas, on sort du contexte d’un golfeur ou d’une golfeuse à un niveau amateur. Effectivement, chez les professionnels, il peut arriver qu’ils cassent des faces.

Quelles en sont les raisons particulières ?

D’une part, la vitesse de swing peut dépasser les 120 mph, et même les 130 mph, une vitesse qui n’est pas commune aux amateurs. Cependant, ce n’est pas une condition suffisante. Les drivers sont conçus pour résister à ces vitesses.

Le deuxième facteur qui rentre en jeu, est le nombre de répétitions. Plusieurs centaines de frappes par jour, tous les jours, toutes les semaines, tous les mois…et en plus, toujours relativement bien centrée sur le même point dans la face…

Dans ce cas, les marques ne contestent pas que certains pros arrivent à enfoncer la face du driver dans la structure du club.

Si en plus, un petit débris, un grain de sable ou de cailloux vient s’insérer entre la balle, et la face du club, la violence du choc peut engendrer une casse.

Dans cette description, il y a donc un cumul de beaucoup de facteurs, plutôt rares au niveau d’un amateur ou d’une amatrice.

Cependant, comme évoqué plus haut, on nous a bien remonté des histoires de drivers cassés sur la face, et pas pour des swings de 120 ou 130 mph…

D’une part, les visuels qui ont été portés à notre connaissance présentaient un niveau d’usure extrême au niveau de la semelle, donc on peut imaginer que le golfeur swinguait fort vers le sol, et pas nécessairement un gazon soyeux, mais presque de la terre ou un tapis de practice lui-même bien usé.

C’est d’ailleurs un des points à retenir. Soyez plus vigilant sur la qualité des tapis sur lesquels vous jouez, et si possible, privilégiez toujours le practice sur herbe. Le practice sur tapis est la première cause d’usure visuelle des clubs, bien avant les chocs dans le sac.

Ensuite, il y a encore un autre paramètre à évoquer pour justifier des casses de drivers : Les contrefaçons !

Encore cette semaine, on nous a rapporté une affaire de clubs cassés… au niveau du hosel, une partie pourtant extrêmement rigide d’un club de golf. Le distributeur puis la marque saisie du problème ont rapidement découvert qu’il s’agissait d’une copie très réaliste d’un club de golf récent.

Sur JeudeGolf, on peut se montrer très critique sur le marketing des marques, mais il y a procès d’intention que l’on ne pourra pas faire aux principales marques du marché : La qualité des matériaux employés est difficilement contestable. Clairement, dans un usage normal, un produit d’origine ne doit pas casser ou même s’user anormalement.

Et de ce constat, on peut aller jusqu’à dire qu’il est très difficile de mesurer une usure de performance sur un driver, et même au bout de X années.

Ces produits sont naturellement construits pour durer, ce qui d’ailleurs a poussé les marques dans une autre folie : Celle de vous expliquer que vous devriez changer pour plus de performance.

Sinon, vous n’auriez justement pas tant besoin de changer.

Encore un élément peut expliquer une casse de face de driver… le fait d’affiner la face au-delà de la limite autorisée.

 

Aux Etats-Unis, il existe des spécialistes qui proposent de retailler la face de votre driver pour qu’il excède le coefficient de restitution autorisé. Le principe est simple, il consiste donc à enlever de la matière, et réduire l’épaisseur de la face. Cependant, ces mêmes spécialistes ne font pas mystère du fait qu’après cette intervention, le risque de casse est plus ou moins élevé.

Actuellement, il se vend tellement de clubs sur Internet, hors des réseaux de distributions, et notamment de l’occasion, qu’il est difficile d’affirmer à 100% que tous les clubs vendus sont conformes ou d’origines…

On peut donc répondre qu’il y a très peu de chances qu’un driver perde de sa capacité de réponse dans le temps, pour un amateur, et dans un usage conventionnel.

Cela étant, il y a d’autres éléments qui peuvent s’user et rendre le club inutilisable.

Par exemple, le pas de vis d’un driver ajustable au niveau du hosel peut à force de vissage/dévissage rendre l’âme au point qu’un jour, vous ne pourrez tout simplement plus visser la tête au shaft. Ce n’est pas la performance du club qui est en cause, pourtant, il faudra le changer.

Bref, si vous regardez votre vieux driver en vous disant qu’il est temps de changer, ce ne sera pas nécessairement parce qu’il est moins bon qu’avant.

Ci-dessus, nous vous avons ajouté une vidéo publicitaire mettant en scène le champion de long-drive Jamie Sadlowski. Dans cette vidéo, il frappe un composant médical en lieu et place d'une balle de golf, et vous pourrez constater le niveau de déformation de la face, mais aussi de la structure du club au ralenti...

Crédit photo : Yannick Baduel et Krisanapong Detraphiphat

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Commentaires   

admin
0 #2 Merci de la questionadmin 18-10-2021 15:50
Bonjour Gautier, merci pour cette question. Du coup, nous allons vous proposer un nouveau sujet spécifique à cette question en interrogeant des experts, et chercher si des études ont été menées par les marques. On revient vers vous.
Cordialement
gautier.kieffer@gmail.com
0 #1 Quid des shafts?gautier.kieffer@gmail.com 18-10-2021 13:42
Bonjour et merci pour cet article.

Celui ci de concentré sur la tête de club mais quis de l'usure des shafts?
On m'avait expliqué expliqué que l'usure d'un club à surveiller était en réalité celle du shaft. Qu'en pensez vous?

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