Remplacer le bois 3 par un hybride 3, un choix technique et tactique ?

Quand on s’intéresse de près aux ventes de drivers, bois de parcours et hybrides dans l’hexagone, on peut être surpris de constater qu’il se vend pratiquement plus de bois et d’hybrides que de drivers, mais aussi que les hybrides arrivent de temps en temps à se hisser sur la première place du podium. On sait depuis déjà plusieurs années le succès grandissant des hybrides. Cependant, peut-on imaginer qu’ils supplantent les bois dans nos sacs ? Les pros ne sont pas décidés à passer le pas ! C’est une autre différence majeure avec le monde amateur.

Le bois 3 toujours présent dans le sac d’un golfeur ?

Pour un sac de golf, qui dans les règles, ne doit pas transporter plus de 14 clubs, il y a toute sorte d’arbitrage possible.

Emmener plusieurs wedges… Emmener plusieurs longs clubs, dont des bois ou des hybrides. C’est selon le joueur, et aussi en tenant compte de la nature du parcours.

De nos jours, le bois de parcours numéro 3, de loft 15 degrés dans la plupart des cas, est un club de golf tellement performant que l’écart n’est pas si abyssal avec le driver, et bien entendu, en fonction des joueurs, et encore plus quand il est ajustable.

Sur le circuit professionnel, un golfeur tel que le suédois Henrik Stenson l’a d’ailleurs longtemps privilégié, au détriment du driver, jugé trop dispersant.

Pour scorer au golf, trois statistiques sont déterminantes : Le nombre de putts, le nombre de greens en régulations, et enfin, le nombre de fairways en régulations.

Ces trois statistiques s’enchaînent dans une forme d’interdépendance.

Vous avez plus de chance de toucher un green en régulation, si vous avez déjà touché le fairway en régulation, sur le coup précédent, et ainsi de suite.

Les meilleurs joueurs de golf visent jusqu’à 70% de fairways en régulations sur 18 trous, et parfois mieux, pour scorer dans et sous le par.

La longueur produite par un bois est déterminante, tout comme la capacité à déposer la balle sur le fairway, et non pas dans le rough.

Objectivement, avec un manche souvent plus court de quelques inches, et une tête plus compacte, le bois 3 permet effectivement de réduire la dispersion à droite ou à gauche, et en comparaison du driver.

En contrepartie de cet avantage, la vitesse de swing est légèrement moindre (longueur du manche) et le smash factor aussi (volume de la tête). La distance est bien légèrement inférieure par rapport à un driver parfaitement optimisé.

Mis à part le cas d’Henrik Stenson, qui a développé une forme d’aversion pour le driver, sur le circuit professionnel, la majorité des golfeurs utilisent prioritairement le driver.

L’usage du bois de parcours est plus marginal, et réservé à des situations précises, comme par exemple sur des dog-legs étroits…

Censé être un club polyvalent, son autre point fort, il permet de jouer depuis un tee de départ ou directement sur le fairway, et notamment sur un long par-5.

Cependant, il faut bien admettre que le bois 3 est surtout une alternative au drive depuis le tee.

En 2020, les dix derniers vainqueurs d’un tournoi sur le PGA Tour ont tous emmené un bois 3 dans leur sac, de Tyrell Hatton à Justin Thomas, en passant par Adam Scott ou Patrick Reed, ce qui ne manque pas d’influencer les amateurs, au moment de composer leurs sacs de golf.

Est-ce pour autant indispensable d’emmener un bois 3 ?

Il y a l’éternelle question de la confiance… quand on rate un coup flagrant avec le driver. Sur le départ suivant, la tentation existe de prendre le bois 3.

Oui, mais le volume d’un driver, dans 90% des cas, une tête d’un volume de 460 cc, est pourtant source de confiance.

Si le problème vient de la dispersion, on peut toujours baisser les mains sur le grip, dans le but de « raccourcir » la longueur du manche.

En réalité, il y a bien des solutions avant de considérer le bois 3 comme une alternative au driver.

On peut tergiverser pendant des heures… Je vous propose de vous retranscrire mon exemple au travers de mes 10 dernières parties sur le parcours.

Avec un outil de mesure comme Arccos, il en existe d’autres (ShotScope), il se trouve que j’ai utilisé le bois de parcours à 13 reprises seulement, contre 33 pour le driver.

Je joue, comme abonné sur le parcours de Mionnay, près de Lyon, et ce parcours ne nécessite pas nécessairement de sortir le driver à tous les trous. La précision est bien plus importante que la distance.

Sans avoir prémédité cet article, visiblement, les statistiques me disent que pour 33 drives, j’ai mis la balle dans 47% à gauche du fairway, et touché seulement 24% de fairways en régulation pour une distance comprise entre 200 et 230 mètres (parties jouées en hiver avant le confinement).

Avec le bois 3, sur trois fois moins de coups joués, j’ai pris nettement plus de fairways en régulation puisque la statistique monte à 42%, et seulement 21% de coups trop à gauche du fairway.

Surprise, la distance parcourue a oscillé entre 200 et 220 mètres, guère plus courte qu’avec le driver…

Malgré ces statistiques, je n’ai pas l’intention d’enlever mon driver et garder mon bois 3, mais bien la tentation de remettre un hybride 3 dans mon sac.

D’abord, au-delà des 10 dernières parties jouées à Mionnay, quand je remonte l’analyse sur les 60 derniers parcours joués, et pas seulement le même parcours, en réalité, ma moyenne de fairway en régulation est trop semblable entre les deux clubs, soit 39%.

D’où mon dilemme et le sujet de cet article, sans avoir connaissance des statistiques, je me suis bien rendu compte que globalement, je ne suis pas assez précis avec le bois 3, alors que l’écart de distance moyen est bien de 18 mètres en faveur du driver.

Dans mon raisonnement, les deux clubs ne sont pas assez complémentaires.

Le bois 3 n’est pas pour moi une option assez sécurisante, surtout que je ne suis pas si bon avec, quand il s’agit de le jouer sur le fairway, et pour cause, j’ai descendu son loft à 13 degrés, parce que justement je l’utilise prioritairement comme une alternative au drive.

Pour vraiment considérer cela comme un plan B, il aurait fallu qu’avec mon bois 3, pour 18 ou 20 mètres de moins, j’obtienne par exemple 50% de fairway en régulation contre moins de 40% pour le driver.

Sur le parcours, je réalise rarement un coup satisfaisant. Les statistiques me le confirment.

Sur 15 tentatives d’accrocher un green avec le bois 3 pour des distances comprises entre 175 et plus de 230 mètres, il semblerait que je n’ai réussi à prendre le green que dans seulement 13% des cas.

A moins de 200 mètres, ce ratio ne monte guère au-delà de 33% des cas.

Avec le système Arccos, je n’ai pas de statistiques concernant l’usage d’un hybride, car depuis 3 ans, je ne l’ai jamais mis dans mon sac, ne remettant jamais vraiment en cause le tandem driver-bois 3.

Or, si on admet que le bois 3 disperse en théorie moins que le driver, shaft plus court, tête moins volumineuse, la règle s’applique aussi à l’hybride 3 par rapport au bois 3.

J’ai voulu vérifier au travers d’un essai au Trackman, et pour des coups tapés depuis un tee

Si mon bois 3 est ajustable au niveau du loft de + ou – 2 degrés, je l’ai laissé à 15 degrés de loft, alors qu’en réalité, sur le parcours, à l’usage, je le règle à 13 degrés.

En revanche, pour mon hybride 3 de loft d’origine à 19 degrés, j’ai décidé de le baisser à seulement 17 degrés pour cet essai.

Sur une quinzaine de frappes, je swingue mon bois 3 en moyenne à 91 mph pour une vitesse de balle de 130 mph (smash factor 1.43).

En moyenne, je carry la balle à 176 mètres et avec la roule à 204 mètres. Les balles les plus longues peuvent rouler jusqu’à 220 mètres.

Sur 15 balles, je note qu’un gros tiers sont tapées basses en pointe et tournent à gauche, trop courtes.

Ma moyenne de 200 mètres est donc composée d’une dizaine de balles bien tapées entre 210 et 220 mètres avec une dispersion comprise entre 20 mètres à gauche et 20 mètres à droite.

Un tiers des balles sont pour autant dispersées courtes et à gauche, à environ 190 mètres, et parfois moins.

Avec l’hybride, sur la même proportion de balles, au lieu de nettement manquer un tiers des coups, je ne compte plus que 17% de gros « déchets ».

La majorité de mes frappes sont bien comprises entre 200 et 220 mètres, soit la même distance qu’avec le bois 3.

J’ai pourtant swingué effectivement 2 mph moins vite, et obtenu une vitesse de balle de 128 mph (contre 130 mph pour le bois 3).

Le smash factor est en fait légèrement meilleur (1.44 contre 1.43), signe que le club plus petit n’est en fait pas moins tolérant dans mon cas.

En moyenne, j’ai porté la balle au carry à 181 mètres pour un carry identique à 204 mètres.

A la marge, je tape effectivement mes meilleures balles plus loin avec le bois 3 (distance max 221 mètres), mais en moyenne, je suis plus régulier avec l’hybride 3.

Autre bénéfice de l’hybride, je disperse deux fois moins en moyenne.

En résumé, « l’aire » ou surface qui regroupe toutes mes frappes avec les deux clubs est nettement plus resserrée avec l’hybride.

Entre le bois 3 à 15 degrés de loft, et l’hybride 3 à 17 degrés, le match est sans appel.

Malgré un manche plus court, une tête plus compacte, et 2 degrés de loft en plus, je performe mieux avec l’hybride.

Le match sur le tee est nettement gagné par le « rescue », or, sur le fairway, je sais déjà que mon rendement est nettement supérieur avec ce club, par rapport au bois 3, et même quant à l’inverse, cette fois, je le règle sur 17 degrés !

La maniabilité d’un hybride est sans commune mesure avec celle d’un bois de parcours, justement parce que la tête est plus compacte, et le manche plus court.

Pour mon prochain parcours, quand je sortirai de confinement, et pour la première fois en au moins 60 parcours, j’utiliserai un hybride au lieu d’un bois 3, convaincu de l’efficacité de ce choix.

Après tout, le golf est un sport de pourcentage

Alors pourquoi aussi peu de professionnels utilisent des hybrides, et privilégient toujours autant le bois 3 ?

Dans le sac de la plupart des pros, et encore en 2020, vous trouverez un driver, et un bois 3 d’office.

Ensuite, pour combler l’écart avec le fer 4, c’est très variable.

Tyrell Hatton qui a récemment remporté le Arnold Palmer Invitational, a emmené un bois de parcours de loft 20,5 degrés en complément.

La plupart des pros ne se laissent pas beaucoup de choix sur les clubs les plus longs, dans la mesure où ils utilisent au moins 3 à 4 wedges.

Viktor Hovland qui a récemment remporté sa première victoire sur le PGA Tour, à l’occasion de l’Open de Porto Rico a emmené un long fer Callaway de 21 degrés, pour compléter sa série de PING qui commençait au numéro 4.

Pour gagner à Mexico, en altitude, Patrick Reed a été un des rares derniers vainqueurs sur le PGA Tour a joué un hybride, un modèle Callaway Apex de 20 degrés, pour faire le lien entre son bois 3 degrés, et son fer 4.

Ce club a beaucoup de similarité avec un long-fer. C’est un hybride pour le coup extrêmement compact.

A l’inverse, Adam Scott, vainqueur du Genesis Open est directement passé du bois 3 au fer 3 Titleist T-MB (un long fer).

Autrement dit, peu de pros utilisent un hybride, préférant le plus souvent un long fer. Et surtout aucun pro ne met en balance le bois 3 avec un hybride 3.

Il y a deux principales raisons qui rebutent les professionnels : Vieille école, ils ne sont pas très « hybrides » à la base, considérant à tort que ces clubs ont été inventés pour aider les seniors à faire décoller la balle. Et ensuite, ils préfèrent effectivement « travailler » la trajectoire de la balle avec un fer.

Pourtant récemment, Dustin Johnson et Rory McIlroy, parmi les plus longs-frappeurs sur le circuit américain, ont décidé d’essayer un hybride SIM Max.

Pour le numéro un mondial, préalablement, le choix se faisait plutôt entre un long fer ou un bois 5, et selon la préparation du parcours.

« Je n’ai jamais été un golfeur très adepte des rescues. Je suis un peu classique comme garçon, mais pourtant, j’ai pris un de ces clubs, et je l’ai trouvé incroyable. »

Curieusement, McIlroy a avoué n’avoir jamais testé d’hybride avant cette année.

TaylorMade lui a réalisé un club sur-mesure.

Le nord-irlandais a constaté une dispersion moindre pour une distance relativement conséquente.

Impressionné par le club, il l’a décidé de le conserver pour le retester.

Sa décision de le mettre en jeu sera fortement dépendante du type de parcours. « Je pense que sur certains parcours, pourquoi pas… je peux faire voler la balle haute. Je peux taper des balles basses. C’est en quelque sorte un fer 3 aussi facile à taper qu’un fer 7. »

Sur le parcours de Torrey Pines, près de San Diego, et dans le cadre du Farmers Insurance Open, un long parcours du PGA Tour avec des roughs courts mais difficiles, effectivement, McIlroy a bien embarqué un hybride 3 de 19 degrés dans son sac… au practice.

Il y avait aussi un driver (9 degrés), un bois 3 (15 degrés), et un bois 5 (19 degrés) …

Le choix de l’hybride ne semble pas si facile à assumer sur le tour.

A l’inverse, et à en juger par les ventes, beaucoup d’amateurs français se posent les mêmes questions que moi, et de plus en plus optent pour l’hybride.

Ils constatent eux-aussi qu’un bois 3 manqué coûte beaucoup en distance, et en contrôle de trajectoire, tandis qu’un hybride avec un manche plus court paraît souvent plus maniable.

Si pour ma part, je mets en balance le bois 3 avec un hybride 3 ramené à 17 degrés de loft, parce que j’ai assez de vitesse pour le faire.

Pour d’autres amateurs, le débat se pose entre un bois 5 et un hybride 4, mais toujours avec la même opposition entre distance et précision.

L’hybride 4 ne semble pas si court en distance par rapport au bois 5.

Le commentaire le plus récurrent tourne toujours autour du fait que depuis le fairway ou même dans le rough, l’hybride est plus maniable.

L’autre argument souvent exprimé, c’est bien entendu la configuration et la longueur des trous d’un parcours, qui ne nécessite pas si souvent un bois de parcours.

C’est mon cas à Mionnay, où pour les trous qui exigent de la précision, si j’élimine le driver, ce n’est pas pour autant que je vais prendre le bois 3, et en fait, je vais privilégier un long fer.

Sur les 10 dernières parties, je n’ai utilisé le bois 3 qu’à 13 reprises, soit 1,3 utilisations par parties en moyenne !

Je suis curieux de voir si je vais utiliser l’hybride plus souvent, et surtout en profiter pour améliorer mon score moyen, notamment sur des trous où le départ est étroit et néanmoins nécessite un minimum de longueur depuis le tee…

A vous de bien évaluer la composition de votre sac, et de faire attention aux doublons sur les longs clubs, et de bien vérifier l’efficacité d’un bois de parcours par rapport à un hybride. Les clichés ont parfois la vie dure.

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Commentaires   

golfnswing@gmail.com
0 #1 ah oui ?golfnswing@gmail.com 30-03-2020 14:58
Si le bois 3, depuis le tee de départ, donne de meilleurs résultat que le driver, c'est que le driver n'est pas adapté.

Pour l'immense majorité des golfeurs, le bois 3 ne donne pas de bons résultat depuis le fairway. Mieux vaut un bois 5, voire un bois 7, voire les deux et, pour les golfeurs ayant moins de vitesse, un bois 9.

Il n'y a aucun sens à comparer un bois 3 de 15 degrés, avec un hybride 3 aux environ de 18 degrés.

Les hybrides ont été créés par les marques pour remplacer les longs fers qui, à cause de leurs lofts sans cesse abaissés, sont devenus injouables pour la grande majorité des golfeurs. Ils devraient avoir les même lofts et la même longueur que les fers qu'ils remplacent et c'est ainsi que les font, souvent , les clubfitters/clubmakers professionnels.
Mais obsédés par les ventes et par le fait que ce qui fait vendre , c'est la distance, les marques ont baissé les lofts des hybrides et les ont allongés, rendant ainsi à nouveau plus difficile des clubs destinés à être plus faciles. Il ne faut pas s'étonner alors de leur relatif insuccès.

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