Lignes sur le putter et la balle : Finalement une bonne ou une mauvaise idée ?

En 2020, la marque Odyssey a connu une belle réussite avec la commercialisation des putters Triple Track, qui, en moins de douze moins, ont réussi à se hisser à la première place des ventes de putters en France, confortant au passage sa position de leader du segment des putters. Des lignes, des lignes, des lignes, et même trois lignes tout simplement à l’origine d’un beau succès commercial, mais pour autant est-ce vraiment un succès technique ? Chaque week-end, sur les principaux tournois de golf professionnel, on peut voir des dizaines de golfeurs parmi les plus talentueux, utiliser des lignes sur leurs putters, et surtout leurs balles. Une toute petite voix s’est faite discrètement et récemment entendre pour émettre l’idée que cela pourrait ne pas être une solution d’alignement réellement pertinente, pour tous les golfeurs, professionnels ou amateurs…

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Pour un golfeur ou une golfeuse, l’alignement est effectivement un sujet crucial, surtout pour un sport de visée.

Que l’on tape 70, 80, 90 ou 100 coups et plus, à chaque occasion, nous nous alignons, et parfois, comme Monsieur Jourdain, notre bourgeois gentilhomme préféré, fait de la prose sans le savoir, nous n’y pensons même plus.

On pourrait dire du golf qu’il est plus crucial de viser avec précision plus on s’approche du trou, ce qui ferait de l’alignement au putting, un principe clé de la réussite ou du score sur les greens.

Nous savons qu’un seul centimètre ou degré d’écart avec la cible peut avoir une conséquence directe entre un putt rentré ou manqué, et plus la distance participe à l’équation.

Bref, l’alignement est une pièce essentielle du puzzle, et des experts comme Dave Pelz l’ont largement expliqué ou même mis en application sur des putters, notamment quand ce dernier a imaginé le premier putter 2-ball.

Depuis quelques années, les fabricants de putters, Odyssey en pôle-position se sont justement mis en tête de créer des aides visibles directement sur les clubs, et ce, dans le but sincère d’aider des golfeurs ou des golfeuses, à rentrer plus de putts.

Depuis les simples putters lames avec un modeste trait dessiné dessus, les putters demi-lunes ou maillets ont trouvé une nouvelle occasion de se démarquer… sur l’aide à l’alignement.

Dave Pelz ayant déjà aidé Odyssey avec le principe du 2-ball, et désormais associé à Cleveland, il a par exemple proposé un principe voisin avec les deux carrés dessinés sur le capot du putter, une forme de variante d’une même idée.

En s’inspirant des aviateurs de la Navy, qui appontent leurs avions de chasses sur des porte-avions en mouvement, Odyssey a trouvé un nouveau « truc » en dessinant tout simplement trois lignes sur ses têtes de clubs, et mieux, en dessinant ces trois mêmes lignes sur des balles Callaway.

Le coup de maître pour associer ventes de putters, et ventes de balles, des secteurs hautement stratégiques pour le fabricant.

Cependant, à en juger par les premiers résultats des ventes dans l’hexagone, si les putters ont rencontré un réel et rapide succès d’estime, ce n’est pas aussi évident pour les balles.

Sur ce marché, rien ne semble réellement perturber les deux poids-lourds du secteur : Srixon et Titleist.

Depuis au moins trois ans, Callaway occupe régulièrement la troisième marche du podium pour les ventes de balles, et avec des parts de marchés très fluctuantes, au gré de l’appréciation des consommateurs pour les balles Supersoft.

Ainsi, Callaway n’a réussit qu’une partie de son pari. Les golfeurs, et les golfeuses ne semblent pas complètement séduit par l’idée d’aligner des lignes sur les putters, avec des lignes sur les balles.

Sur un green, nous savons que les golfeurs doivent réaliser au moins plusieurs choses essentielles comme viser, et doser.

Un principe est souvent mal ou peu expliqué à propos du golf, et surtout du matériel de golf : Nous sommes tous différents. Nos corps, et nos cerveaux sont différents.

Il ne s’agit pas seulement de dire que les professionnels de golf sont différents des amateurs.  D’un golfeur à un autre, il y a d’importantes différences avant même de parler de putting sur un green.

Pendant longtemps, et toujours aujourd’hui, les marques abusent dans leur communication du « Joué sur le tour » comme si un produit pouvait justement être la solution pour tous.

Bryson DeChambeau gagne des tournois aujourd’hui… il faudrait en déduire que le plus grand nombre devrait se muscler, jouer un driver avec un loft de 4,5 degrés ou encore swinguer des clubs à longueur unique !

Dans un précédent sujet consacré à McIlroy, ce dernier expliquait avoir voulu imiter l’américain, et finalement pour un résultat décevant, une modification négative de son swing, ce à quoi DeChambeau a répondu à juste titre « J’ai agi dans mon intérêt, et pour ce que je croyais juste pour moi. Je savais que d’autres essaieraient de faire comme moi, et que pour certains, cela pourrait marcher, et pas pour d’autres. »

« Pas pour d’autres » c’est la clé…

C’est vrai pour le swing, mais aussi pour le putting, et les aides à l’alignement.  Moi, le premier, j’ai testé pour mon jeu, cette idée d’aligner des lignes avec des lignes. C’était trop tentant !

Cependant, j’ai oublié de me poser une question fondamentale, et préalable : Qui suis-je ? ou plus exactement Comment je fonctionne ?

En même temps, cet exercice d’introspection est parfois délicat, et le plus souvent si on peut être un bon observateur des autres, ce n’est pas aussi simple et pertinent pour soi.

Pourtant, en matière de choix de putter ou de système pour putter, ce serait plus pertinent de commencer par se connaître, avant de choisir un putter ou des balles.

Le plus souvent, il faut l’admettre, nous enjambons cette question pour aller directement à la solution, surtout guider par d’autres réflexions comme le plaisir, le prix ou l’influence du PGA Tour.

Et si mettre des lignes sur un putter et/ou une balle n’avait aucun sens pour vous ? Pas parce que c’est une mauvaise idée, mais tout simplement parce que c’est finalement antinomique avec votre fonctionnement propre.

Si je me sers de mon cas personnel, seulement pour illustrer cette réflexion, il y a quelques années, le clubmaker Alexandre d’Incau m’avait « testé » selon les préférences motrices, et notamment pour choisir un putter ou viser sur un green.

C’était au détour d’une partie sur un golf au Portugal, et il voyait que j’utilisais systématiquement une ligne sur mes balles, et notamment dans le but de m’aider à les aligner à la cible sur les greens.

Il m’avait alors fait remarquer que j’étais un « joueur global », à savoir que ma vue n’était pas centrée sur un point en particulier, mais plus globale. De son point de vue, ma ligne sur la balle ne me servait pas à grand-chose.

Je ne l’ai pas écouté… J’ai entendu son avis, mais j’ai continué à jouer des balles avec des lignes, et mieux, quand Callaway a dessiné trois lignes sur ses balles, j’ai trouvé l’idée tellement bonne que j’ai dessiné mes propres lignes sur mes balles.

Cependant, j’avais toujours dans un coin de ma tête, la petite voix d’Alexandre.

J’avais entendu, pas écouté, mais gardé à l’esprit jusqu’au jour où après avoir encore raté un putt à moins d’un mètre, justement en ayant aligné mes lignes sur la balle avec le trou, et mon putter, je me suis demandé, si à force, au lieu de putter vers le trou, au lieu de chercher à rentrer la balle dans le trou, je ne me focalisais pas trop sur le comment plutôt que le résultat, trop sur l’alignement, et pas assez sur le putt.

L’affirmation d’Alexandre m’est revenue au galop, et finalement, j’ai arrêté très récemment de mettre des lignes sur mes balles, pour revenir à un autre procédé d’alignement que j’utilisais déjà par le passé : Imaginer la trajectoire de la balle allant jusqu’au trou !

Cet exemple n’est pas l’objet de tout l’article. Cela me permet seulement d’introduire, et d’appuyer le point de vue d’un joueur bien plus célèbre, et bien plus intéressant : L’australien Marc Leishman.

Marc Leishman, membre du staff Callaway, 37 ans, second de The Open en 2015, et multiple vainqueur sur le PGA Tour a récemment expliqué au sujet des lignes sur les putters, et les balles qu’il n’utilisait aucune de ces deux solutions.

On peut faire mieux pour un ambassadeur de la marque, mais c’est une vérité très rafraîchissante dans un univers de promotion permanente du « game changer ».

Sur le site Golf.com, il a notamment déclaré « Je me contente de placer deux points de chaque côté du V de mes balles Callaway. Je n’utilise pas de lignes sur mon putter, et encore moins sur mes balles. J’aime ne rien voir quand je putte. C’est juste un feeling. Tout est question de feeling. Je suis bien plus un joueur qui se base sur les sensations »

Il rajoute « Sur près de 300 tournois que j’ai disputé sur le Tour, j’ai peut-être utilisé une ligne sur mes balles quatre ou cinq fois, afin de changer… »

Si pour certains joueurs, il pourrait paraître impensable de putter sans suivre des lignes, et donc sans direction, Leishman pense justement le contraire « Les lignes peuvent devenir plus une nuisance qu’un compas »

Il assène « J’essaie juste de suivre mon instinct » et mieux « Quand j’utilise une ligne, j’ai l’impression qu’elle ne va pas dans la bonne direction, et par conséquent, il en va de même pour moi. Enfin, je suppose que c’est juste la façon dont travaille mon cerveau »

Le golfeur australien pose bien ici le bon débat : Comment notre cerveau gère le fait de lancer la balle sur la bonne ligne de départ ?

Plus qu’un nouveau putter, une balle ou un nouveau système d’alignement, nous devrions donc commencer par répondre à cette question.

Pour ma part, depuis que j’ai arrêté d’utiliser des lignes sur mes balles (pas forcément sur mon putter), je recommence à être plus sensible à l’environnement du green.

A savoir, je cherche des marques, des repères, des tâches, des couleurs placées juste devant ma balle, et sur ma ligne virtuelle et imaginaire vers le trou.

Je ne me sens pas assez bon pour affirmer que je suis un golfeur de feeling, cependant, je peux dire sans manquer d’humilité, que j’aime imaginer mes putts, et les lignes qu’ils doivent suivre jusqu’au trou.

J’ai l’impression d’être plus en accord avec ce mode de fonctionnement moins cartésien, et plus imaginatif.

C’est peu ou prou, ce que Leishman explique à propos de sa propre façon de faire sur les greens.

Toutefois, il faut bien admettre qu’il est minoritaire sur le tour, car beaucoup de joueurs utilisent des lignes sur les balles.

Pour conclure, l’avantage des lignes sur la balle ou sur le putter, c’est de s’assurer avant le putt, et pendant le backswing du bon alignement vers la cible. De mon point de vue, l’inconvénient, c’est que l’on peut se perdre, et oublier de putter vers le trou à trop vouloir suivre des lignes.

Les lignes, cela peut rassurer. A l’inverse, sans, on doit se faire plus confiance, et être plus imaginatif.

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Commentaires   

henri.amouraben@wanadoo.fr
0 #1 3 Lignes sur la balle...pour rater !henri.amouraben@wanadoo.fr 16-03-2021 20:37
J'ai abandonné cette solution au bout d'une semaine, cela enléve le feeiling et surtout on oublie que le dosage doit être la priorité et l'aide à la direction prend trop le dessus.100 % de votre avis.La ligne sur le putter ( maillet dans mon cas) est largement suffisante.Cet article est le bienvenu car j'ai un rendez vous prochainement avec Alex d'Incau pour un fitting de putter...Bien à vous

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