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Mental au golf: Comment les meilleurs golfeurs transforment la peur en énergie positive?

Quel golfeur n’a jamais été confronté à une situation intimidante ? Quel golfeur n’a jamais ressenti la peur, cet ennemi intérieur... Celle de rater un coup de golf important ou tout simplement devant un obstacle que l’on croit infranchissable…Quel golfeur amateur ou professionnel n’a pas eu, au moins une fois, une situation d’anxiété à gérer sur le parcours ? La rédaction de JeudeGolf.org a été contactée cette semaine par Cary Valentine, le fondateur de « Champion your Inner Game », pour nous proposer une série d’entretiens qu’il a mené avec Zach Johnson, Kenny Perry, Anirban Lahiri et Stewart Cink, des golfeurs parmi les plus titrés sur le PGA Tour. Ces entretiens étaient justement centrés autour de la peur, et comment ils arrivent justement à transformer une sensation négative en force positive…

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La première question à se poser : Qui est Cary Valentine ?

Fondateur de « Champions your inner game », il se dit coach de joueurs du PGA Tour et d’équipes universitaires de golf, notamment celle de l’Université de Louisiane.

Basé à Hawaii, on découvre le profil d’un globe-trotteur passionné de musique, à l’origine à la batterie, et reconnu comme l’un des meilleurs dans ce domaine.

Il a notamment joué avec Dizzy Gillespie, et dans les groupes de Lionel Richie, et Stevie Wonder.

La musique l’a amené à voyager.

Il a passé une grande partie de sa vie, en Amérique du Sud, et justement pour apprécier des rythmes et des sons différents.

Au cours de sa carrière dans la musique, il a justement appris à jouer sous pression, ce qu’il a transformé en son métier de coach personnel, pour justement aider des décideurs, et des sportifs de haut niveau.

Bien avant de s’intéresser au golf, Cary Valentine a commencé par coacher des couples à la recherche de l’amour, ou plutôt de rallumer la flamme, ayant lui-même expérimenté cette difficulté avec sa première épouse, et co-auteur avec lui d’un premier livre sur le sujet.

Dans le domaine du golf, il a donc mis sur pied une formation « Champions your Inner game » en 2010, afin de venir en aide aux golfeurs qui ont du mal à exploiter leur potentiel, et surtout pour une raison mentale.

Son crédo consiste à transformer les doutes, les peurs, les sentiments d’insécurités pour les dépasser, et finalement performer.

Sans doute dans le but de crédibiliser sa démarche, se faire connaître, surtout dans un domaine sensible où nous pouvons être nombreux à nous méfier d’une forme de charlatanisme, et plus pudique au moment de parler de mental, et bien plus prompt à parler de technique, Cary Valentine a choisi de nous parler de son expérience à travers des entretiens qu’il a mené avec des champions de golf reconnus, et notamment deux vainqueurs de majeurs, Zach Johnson, et Stewart Cink, et l’un des meilleurs golfeurs du Champions Tour, Kenny Perry, deux fois deuxième en majeur (Masters 2009 et US PGA 1996).

C’est l’intérêt de ses retranscriptions qui nous a poussé à vous les partager, et vous parler de Cary Valentine…

Cary Valentine : En 2018, vous étiez en lice pour gagner de nombreux tournois, quels sont les changements que vous avez mis en place ?

Stewart Cink (Vainqueur du British Open 2009) :

« Eh bien, au cours de la première moitié de l’année, j’ai vraiment eu l’impression que j’étais un peu passif, et pas vraiment certain d’obtenir beaucoup de mon travail.

Je me sentais globalement peu engagé, même si je ne le savais pas à l’époque, parce que quand vous êtes dans cet état, vous ne vous en rendez pas toujours compte.

Je suis allé au Memorial (tournoi de golf du PGA Tour), où j’ai joué à peu près chaque année depuis mes débuts sur le circuit, car je dois avouer que c’est un de mes tournois préférés.

J’y ai eu notamment quelques bonnes performances là-bas par le passé.

J’ai toujours eu en quelque sorte le sentiment de jouer à la maison, et cela a agi comme une révélation pour moi, alors que justement cette année, je n’ai pas très bien joué. »

Effectivement, au cours du second tour, Cink a touché 14 greens sur 18 en régulation, mais pourtant rendu une carte de 73, et manqué le cut. Aux deux tiers de sa saison sur le PGA Tour, ses résultats étaient loin de son meilleur niveau, alors qu’il avait déjà réussi à gagner 6 tournois du PGA Tour

« Après ce tournoi, j’ai raté la qualification pour l’US Open, et donc j’ai été coincé là pendant deux jours avec rien à faire.

J’ai décidé de faire un peu d’entraînement face à un miroir.

Pour ainsi dire, vous jouez en vous regardant dans le miroir et ce dans le but de comprendre ce que vous faites.

Ensuite, en rentrant, j’ai regardé quelques-unes de mes notes de l’année précédente et que je garde comme un journal.

Je note différentes choses, parfois spirituelles, des pensées de swings, des boosters de confiances, des articles liés à la routine, et des choses anodines…

Je prends des notes après chaque partie…

Je l’ai donc parcouru, et redécouvert quelques pensées qui ont eu un effet immédiat, et contribué à une meilleure prise de décision.

Avec mon cadet, Taylor, nous l’appelons « Golfer plus propre ». En fait, j’aime séparer la prise de décision de l’exécution.

Auparavant, j’avais justement l’impression de mélanger un peu plus les deux phases, alors qu’après coup, j’ai vraiment séparé les deux.

Et pour moi, cela se traduit systématiquement par le fait de mieux jouer au golf.

Aujourd’hui, je suis un peu plus vieux, et je trouve que c’est un peu plus difficile à mettre au point que quand j’étais plus jeune, et un peu, comme si je m’étais endormi.

Je ne me concentre pas exactement comme je le faisais dix ans auparavant. Je n’arrive pas à « rebooter » aussi facilement.

Pourtant, c’est une grande clé de la réussite au golf. C’est l’un des seuls sports qui vous permettent de recréer « le présent… »

Quelque chose entre dans votre esprit et vous ne l’aimez pas, cela vous distrait, et vous avez alors un choix entre recommencer votre préparation, et vous dégager, ou vous pouvez aller de l’avant et taper de toute façon.

J’appelle ces coups « de toute façon », et ils sont généralement assez destructeurs.

Soit vous obtenez un mauvais résultat immédiat, ou alors vous obtenez un bon résultat, et vous vous illusionnez en pensant que vous pouvez taper des coups de toute façon, jusqu’à ce que vous finissiez par taper des mauvais coups, et vous dérégler.

Pour moi, c’est un peu comme le point de mire… être capable de reconnaître ces moments où j’ai probablement besoin de recommencer ma routine.

Désormais, après une partie de golf, je suis très attentionné sur ces moments, et j’essaie de faire de mon mieux pour les repérer, et les gommer de mes futures parties. »

Pour la saison 2018, Stewart Cink terminera effectivement trois tournois à des places d’honneurs, dont une quatrième place en majeur au PGA Championship.

Depuis, ses saisons 2019 et 2020 n’ont pas franchement défrayé la chronique…

Cary Valentine : Comment les golfeurs gardent leur calme, et affrontent l’anxiété sur le parcours ?

Kenny Perry (Second du Masters 2009) :

« Eh bien, vous devez accueillir la nervosité. Pour moi, je ne l’ai jamais accueilli, je n’ai jamais apprécié. Et je suis toujours nerveux, mais je sais pour moi quand je suis nerveux, et ça veut dire quelque chose.

Pour moi, c’est une bonne chose. Ce n’est pas une mauvaise chose.

Cary Valentine : Quelles suggestions pourriez-vous faire aux amateurs pour transformer l’anxiété en performance ?

Zach Johnson (vainqueur du Masters 2007 et du British Open 2015) :

« J’espère qu’ils ont des émotions et cela signifie quelque chose pour eux.

Le golf est un sport, et justement il devrait exiger un peu de nervosité, et d’émotions, pour se rendre compte que son corps va bien.

Si vous êtes souvent assez stoïque, vous devriez peut-être penser à pratiquer un autre jeu.

Je pense que pour l’essentiel, le golf est vraiment, vraiment un jeu difficile.

Donc, nous devrions avoir pour seule attente de juste s’amuser, de frapper des bons coups, et d’apprécier le fait d’être dehors à jouer un jeu génial. »

Stewart Cink :

« Je pense que la première chose que les jeunes adultes - entre les âges de 21 à 25 ans – doivent apprendre le plus rapidement, c’est que vous serez plus performant, si vous supprimez l’attachement au fait de vouloir ou au besoin impérieux de performer. Si vous mettez tout en place dans votre vie pour le fait de courir après le même objectif, mais sans mettre l’accent sur la performance, celle-ci sera alors meilleure. »

Cary Valentine : Comment la foi aide-t-elle votre jeu de golf ?

Zach Johnson :

« Dans mon cas, la foi est la priorité numéro un dans ma vie.  C’est tout pour moi sur un golf ou hors d’un terrain de golf.

J’aime le fait qu’il y a beaucoup d’Écritures qui parlent de la diminution des peurs, de la diminution des soucis, de la diminution des choses temporelles et soient plus axées sur les choses éternelles. Et pour moi, c’est la perspective que je désire quand je joue au golf. »

Cary Valentine : Comment les doutes vous affectent-ils sur le parcours ?

Stewart Cink :

« Je vois certainement le fait de douter comme un moyen pour le corps et le subconscient d’attirer votre attention.

Quand j’ai des doutes, je les utilise comme un symbole ou un signal pour me dire que ma porte est fermée, alors que quand elle est ouverte, je sais que je peux atteindre mon pic de performance.

Le doute crée un effet domino sur les émotions psychologiques. Le doute conduit à penser à soi, comment vous vous comparez aux autres, au fait d’avoir peur de peut-être échouer, et puis comment vous allez vous sentir dans l’échec. C’est une spirale qui va finir par vous faire du mal. »

Cary Valentine : La méditation vous a-t-elle aidé à améliorer votre jeu de golf ?

Anirban Lahiri (Cinquième du PGA Championship 2015) :  

« Oui, comprendre que vous allez toujours être dans un processus m’aide. Avec la méditation Vipassana, vous essayez de rester connecté avec vous-même.

Ce que vous essayez de faire par la méditation et par des sources d’entraînement mental, c’est en fait de vivre votre vie.

Je ne suis pas fataliste, mais je crois vraiment que je dois faire ce que j’ai à faire jusqu’au bout, et du mieux que je peux. L’acceptation, c’est très important, et quelque soit le résultat qui pourrait être positif ou négatif… C’est juste un résultat à la fin de la journée, et vous devez l’accepter. Embrassez-le, que ce soit une victoire ou un cut manqué.

Je pense que c’est la seule chose qui peut vous faire avancer, et pour comprendre comment cela fonctionne, vous devez avoir un certain niveau de conscience ou un certain niveau de conscience sur vous-même.

La méditation vous aide à arriver à ce point, parce que sinon, vous êtes coincé dans un cycle de réactions, au lieu d’être dans un cycle d’actions. »

Cary Valentine : Vous énerviez-vous plus facilement avant de vous entraîner à la méditation ?

Anirban Lahiri :

« Absolument, je pouvais être souvent énervé sur le parcours, ce qui pouvait être considéré comme une chose saine, car finalement cela ne faisait que refléter votre attachement à ce que vous essayez de faire.

Le vrai sujet, c’est plutôt combien de temps vous êtes énervé, et à quelle intensité vous réagissez. Combien de temps, il vous faut pour mettre les choses en perspective.

Ce sont ces facteurs qui déterminent la rapidité avec laquelle vous pouvez passer à autre chose, et apprendre de ces épreuves ou les surmonter. »

Cary Valentine : Recommanderiez-vous de fixer des objectifs ?

Anirban Lahiri :

« A coup sûr, vous pouvez et devez-vous fixer des objectifs.

Je pense qu’il faut se fixer deux objectifs, un à long-terme, et un autre à court terme.

Pour le long terme, vous pouvez vous fixer des objectifs annuels ou des objectifs quinquennaux, puis, pour le court terme, vous vous fixez des mini-objectifs, qui sont mesurables, tangibles, et justement pour mesurer vos propres progrès avec le travail que vous mettez en place.

C’est très important parce que cela vous donne une perspective de l’endroit où vous voulez aller. »

Cary Valentine : Pensez-vous que vous pouvez contrôler ce qui va se passer pendant la partie ?

Zach Johnson :

« Contrôlez ce que vous pouvez contrôler. Cela signifie tout : de la façon dont vous marchez, comment vous parlez, comment vous marchez à la balle, combien de swings d’essais vous préparez, combien de regards à la cible vous portez, bref, les choses que vous pouvez contrôler.

Après ça, le reste n’a pas d’importance. »

En conclusion, cette série d'entretiens met en lumière quelques notions intéressantes, et qui méritent d'être étudiées de près par un amateur.

A retenir des pros

Nous n'avons pas voulu nous appesantir sur les questions de religions, et de foi en Jésus exprimée fortement par les pros américains. En revanche, à méditer le bon réflexe de l'Indien Lahiri : On peut s'énerver sur un parcours... la véritable question, c'est combien de temps faut-il pour redescendre en pression, et réellement se refocaliser sur du positif ?

Son exemple invite à rapidement se recentrer sur le jeu, et le coup suivant. Très souvent, un amateur va ruminer un mauvais coup sur le parcours, et chercher à comprendre le pourquoi du comment d'une balle qui est déjà partie... Au contraire, il faut le plus vite possible se tourner, sur ce que l'on peut contrôler : Son attitude, et se conditionner au prochain coup.

Toujours pour citer Lahiri, l'acceptation du score doit permettre de sortir d'une spirale de réactions, pour se fixer des objectifs, et au contraire, se mettre dans une spirale d'actions !

Dans la même intention, Stewart Cink vous invite à chasser le doute, car très vite, ce dernier va s'insinuer dans votre esprit, et attaquer votre confiance.

La meilleure solution pour réussir ? Se détacher du besoin ou du souhait de performance... Et se rassurer en se plaçant dans un processus qui, s'il est bon, finira tout naturellement par payer à un moment ou à un autre.

Plus que la performance, il convient donc de chercher le processus amenant à la performance.

Ce que relativise un Zach Johnson... Oui, vous avez le droit d'avoir des émotions, positives ou négatives. Le contraire serait inquiétant. Il vous invite à vous remémorer un fait indéniable. Quoi qu'il en soit, le golf est un sport difficile. Vous ne taperez pas que des bons coups ! Il y aura des mauvais. 

De ce point de vue, Kenny Perry admet qu'il est nerveux sur un parcours, et ne le voit pas comme une mauvaise chose.

Peut-être le plus important à retenir, le conseil de Stewart Cink, mieux apprendre à séparer la "thinking box" de l'"action box" sur le parcours.

Crédit photo : Daniel R. Harris/Icon Sportswire

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